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Sondage: Que pensez-vous de l'AAR ?

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  1. #121
    Sans vouloir spoiler, ça ne sera pas pour tout de suite !

    Je ne colonise que les planètes dans des secteurs intéressants qui me servent de hub pour tout le système. Après, soit j'en fais des sites de production, soit je transfère tout vers un autre système.

  2. #122
    Citation Envoyé par HybriD28 Voir le message
    Toujours aussi bon, hâte de lire la suite. Et vivement le premier contact !

    En parlant de colonisation, ...
    Je crois que je n'ai jamais terraformé une planète.
    Je me contente de prendre des planètes qui ne coutent pas trop cher (entre 2 et 5) et en coût de vie et je balance des infrastructures par milliers.

    Et en général je ne colonise qu'une seule planète par système avec un habitat. Les autres n'ont que des mines automatiques et envoie sur cette planète centrale leur production.
    Bidouilleur à ses heures

  3. #123
    Chapitre 11 : 29 Octobre 2051, Orbite d’Alpha A3

    Les dix jours étaient passé à toute vitesse, animés par les découvertes réalisées petit à petit. De nombreuses espèces animales et végétales avaient été découvertes, dont, et c’était de loin la préférée de Zaccharie, une espèce de singe, à six pattes, qui lui rappelait les lémuriens qui peuplaient l’ile de son enfance, mais dans une version plus colorée. L’analyse de quelques spécimens avaient permis aux scientifiques de conclure qu’il appartenait au même groupe que le prédateur rencontré le premier jour. Il partageait d’ailleurs avec ce dernier la présence de rayures, bien que les siennes soient bleu nuit.

    Mais l’évènement le plus notable avait été l’action « spontanée et volontaire » de l’un des soldats qui avait enlevé son casque, respiré à plein poumon dans l’air potentiellement dangereux, et avait même été jusqu’à avaler un peu d’herbe et attraper un coléoptère pour le manger, cru. Le pauvre avait failli vomir, tellement, à ce qu’il en avait dit après coup, le goût était ignoble. Pour Zaccharie, il ne faisait pas de doute qu’il avait reçu des ordres très clairs. Comme souvent, le bon soldat obéissant finissait dans le rôle du cobaye. Depuis, il était resté enfermé en quarantaine, et son état de santé était resté très bon pendant les 4 jours précédents.

    Le vaisseau avait décollé ce matin, et était resté en orbite depuis, le temps de calculer et préparer le voyage retour jusqu’à la Terre. Toutefois, il était reparti avec un équipage plus réduit qu’à l’aller. En effet, un contingent de huit scientifiques, accompagnés par quatre soldats, toujours volontaires, était resté à la surface pour poursuivre les analyses. Un laboratoire et des abris de fortune leur avaient été fournis pour qu’ils puissent subsister sur la planète jusqu’au retour du Christophe Colomb, ou d’un autre vaisseau.

    • L’ordinateur de bord vient de finir de traiter les données astrologiques fournies par les sondes. Il semblerait que la planète possède une orbite pratiquement sphérique. Ajouté à un axe de rotation presque parallèle au soleil, les saisons ne doivent pas être très marquées, voire inexistantes. A priori, la révolution complète dure deux cent quatre-vingt deux jours et la rotation vingt-quatre heures dix. L’adaptation à la vie à sa surface devrait donc être aisée.
    • Merci Anastasia. Jean, nous avons un trajet retour ?
    • Oui mon Capitaine, le trajet est calculé et devrait durer trente-deux jours et dix heures. Nous avons gagné douze heures par rapport à l’aller grâce au déplacement de la planète. Nous serons prêts à partir dans une heure trente.
    • Parfait, ramenez-nous à la maison dès que tout est prêt.

    Finalement, le trajet avait duré trente et un jour et vingt-deux heures, notamment par un franchissement plus rapide du point de saut. La sensation étrange qui accompagnait celui-ci n’avait pas disparu, Zaccharie s’était encore senti perdu au milieu d’un vide infini. L’arrivée dans le système solaire s’était révélée la partie la plus dangereuse de toute l’expédition. En effet, trois vaisseaux croisaient à proximité du point de saut pour tenter de comprendre ce qui était arrivé au Christophe Colomb. Ils n’étaient passés qu’à cinq cents kilomètres d’un désastre.

    Ils avaient fini le trajet de retour en échangeant des milliers de messages avec la Terre, et Zaccharie n’était pas sûr d’avoir dormi durant les vingt jours passés dans le système solaire à force de devoir répéter encore en encore leurs découvertes. Un débriefing avec la présidente et le général était prévu dès l’arrimage du vaisseau.

    • Vous dites que vous avez trouvé une planète habitable, dès maintenant. Je sais qu’on vous a posé la question des centaines de fois ces deux dernières semaines, mais je voudrai l’entendre de votre bouche, histoire d’être sûre que ce n’est pas juste un très long rêve.
    • Oui Madame, nous avons bel et bien découvert ce qui semble être un paradis pour notre espèce. Je suis d’autant plus confiant que le marines qui a… pris l’initiative de respirer l’air de la planète et d’ingurgiter quelques éléments de la faune locale est toujours en pleine forme, plus d’un mois après.

    A ces mots, il vit la présidente jeter un regard noir au général, probablement la seule personne de toute la planète capable de faire une chose pareille sans faire dans son pantalon en pensant aux éventuelles conséquences. Il ne parut pas la remarquer, ou n’en avait rien à faire, ce qui était plus probable, décida Zaccharie en son for intérieur.

    • Toutefois, tout n’est pas rose, continua Aimée Boudreaux. Le passage du point de saut va être complexe en l’état. On ne peut pas envisager d’installer des équipements de détection aussi lourds que ceux du Christophe Colomb sur tous les vaisseaux qui devront traverser. Sur le chemin du retour, avec mon équipe, nous avons réfléchi à des solutions, et il nous semble qu’il serait possible de construire une … structure qui permettrait à tous les vaisseaux de bien localiser l’anomalie. Je ne tiens pas spécialement à tenter l’expérience mais, en théorie, un vaisseau qui entrerait en contact partiel avec l’anomalie aurait soixante-quinze pourcents de chance de traverser indemne, et donc vingt-cinq pourcent d’être disloqué par les forces contraires qui s’exerceraient sur la structure du bâtiment.
    • -Très bien très bien, vous en discuterez avec Enerst. Capitaine, reprit la présidente, avez-vous nommé ce nouveau système et la planète.
    • Non Madame. Comme le prévoient les protocoles, nous l’avons simplement appelé système Alpha, et Alpha A3 la planète, eu égard à son orbite autour de l’étoile A en troisième position.
    • Hum, ce n’est pas très vendeur pour l’opinion publique, fit Sacha Illyiscu, il va falloir trouver autre chose pour vos discours si nous voulons redonner espoir à notre population.
    • Vous avez raison, mais cela attendra, nous réunirons le conseil pour en décider, répondit Linda Eriksson. Charlie, fit-elle en activant son implant, prévenez les journalistes, conférence de presse dans trois heures pour présenter les principaux résultats du voyage d’exploration du Christophe Colomb. Parfait, je vous fais confiance. Capitaine, j’espère que vous n’aviez rien de prévu pour ce soir, je vous réquisitionne. Enfin, avec l’autorisation de votre supérieur bien évidemment.

    Elle se tourna vers le général Diallo sur ces derniers mots, qui avaient bien plus l’intonation d’un ordre que d’une question.

    La suite des évènements ne laissa qu’un flou dans la mémoire de Zaccharie, où se mêlaient acclamations, questions et serrage de main avec les hommes et femmes les plus puissants de la planète.

  4. #124
    Chapitre 12 : 11 Novembre 2051, Guerrero, Mexique

    Leandra jouait sur le seuil de sa maison avec la seule poupée que sa grande sœur avait bien voulu lui laisser. Elle savait bien qu’elle ne les avait prises que pour l’embêter, les filles de douze ans ne jouaient pas à la poupée. Et forcément, ses six ans de retard sur son ainée ne lui permettaient pas de se défendre. Son petit frère, Eduardo, avait regardé la scène avec intérêt, s’arrêtant de jouer avec ses ridicules petites voitures le temps de la dispute, puis retournant à ses courses poursuites imaginaires aussi rapidement qu’ils les avaient interrompues. Ses parents en avaient rien à faire d’elle, ils ne s’occupaient que du petit chéri. Elle était abandonnée à son sort, ou, plutôt au sort que lui réservait sa grande sœur.

    Ils avaient été encore plus absents que d’habitude ces derniers jours, toujours au téléphone ou avec la famille. Sa grande tante était même venue. Elle la détestait, toujours à critiquer sa mère et comment elle s’occupait d’eux. Comme d’habitude, elle avait déposé un bisou dégoutant et baveux sur sa joue. Berk ! Elle la détestait. Ils avaient, ses parents et elle, passé la journée à discuter d’histoire d’adultes auxquelles elle ne comprenait rien. Sûrement à propos du discours de la dame bien habillée l’autre jour à la télé.

    Son père les avait exceptionnellement (elle était très fière d’avoir retenu ce mot compliqué) autorisées, sa sœur et elle, à rester regarder la télé jusqu’à vingt-deux heures ! Même après que la dame ait fini de parler, ils avaient discuté très vivement. Elle ne savait pas ce qu’ils avaient bien pu dire, mais ça devait être grave, ses parents avaient discuté en espagnol, alors qu’ils ne parlaient d’habitude qu’en anglais devant elles. Ils avaient l’air à la fois content et en colère, elle n’avait pas compris. En tout cas, après ça, ils n’avaient pas arrêté de discuter en espagnol. Leandra se demandait s’ils ne faisaient pas exprès pour qu’ils, elle, son frère et sa sœur, ne comprennent pas ce qu’ils disaient.

    Le lendemain du discours, et tous les jours depuis, elle n’avait pas été à l’école. Presque deux semaines sans voir sa meilleure copine pour la vie Michaella. Elle aussi avait une méchante grande sœur qui lui volait ses jouets. Elles étaient toujours assises à coté en classe. Même que la maitresse les disputait souvent parce qu’elles discutaient pendant la leçon. Depuis (elle compta sur ses doigts) dix jours, c’était maman qui faisait les leçons. Elle préférait quand c’était maman, parce que papa s’énervait toujours pour rien. Et après, elle était punie.

    Elle se mit à entendre un bruit bizarre au loin. Ce devait encore être les foutus amerloques (son papa les appelait toujours comme ça) qui faisaient mumuse avec leurs joujous de l’autre côté de la frontière (il disait aussi toujours ça quand il y avait des bruits bizarres).

    Mais les bruits étaient plus forts que d’habitude. Leandra se tourna vers leur source et vit de la fumée qui s’élevait depuis la frontière. Beaucoup de fumée. Et les bruits augmentaient. Elle remarqua des petits points noirs qui se rapprochaient très vite d’elle. Vraiment très vite.

    Elle vit ses parents sortir en courant de la maison pour les ramener, son frère et elle, à l’intérieur. Elle se mit à entendre des bruits très forts, comme les pétards du 15 septembre. Mais en plus fort, beaucoup plus fort. Elle vit également la maison des voisins prendre feu, d’un coup. Elle entendit Madame Florès hurler, et ses chats s’échapper, certains à moitié en feu, dans des cris horribles.

    Et au loin, elle vit un monstre, pire que dans ses cauchemars. Immense, tout noir, avec des griffes partout et qui crachait du feu. Puis soudain, il y en eu plus. Toute une armée de monstres qui entraient dans toutes les maisons de la rue, les unes après les autres. Puis elle ne vit plus rien, son père venait de la cacher, elle et son petit frère, dans le placard sous les escaliers, en leur disant de ne pas faire le moindre bruit.

    Elle entendit sa mère appeler sa grande sœur, qui descendit les escaliers. Mais elle n’eu pas le temps de se cacher, les monstres entrèrent dans sa maison. Elle entendit son père hurler qu’ils n’avaient rien fait et qu’ils se rendaient. Le monstre se mit à rire. Il avait une voix de monstre, comme quand sa sœur et elle s’étaient amusées à parler dans le vieux talkie-walkie de son papa.

    Il y eu un gros bruit de pétard, et sa maman hurla et se mit à pleurer. Adriana pleurait aussi.

    Le monstre rigolait.

    Il y eu deux autres bruits de pétards.

    Sa maman et sa sœur avaient arrêté de pleurer.

    Elle plaqua la main sur la bouche d’Eduardo qui commençait à sangloter.

    D’un coup, il se mit à faire chaud, très chaud, dans le placard. La porte pris feu, la brulant à la main. Puis les vêtements s’embrasèrent.

    Elle serra très fort sont petit frère dans ses bras.

  5. #125
    Chapitre 13 : 12 Novembre 2051, siège de l’ONU, Strasbourg, Europe

    La photo montrait deux enfants enlacés, que l’on imaginait s’être serrés très fort l’un contre l’autre dans leurs ultimes minutes de vie. Ils avaient été brûlés vifs. Carbonisés.
    L’attaque, qui avait été aussi courte que violente, avait coûté la vie à près de huit cents personnes.
    Une attaque ignominieuse contre des cibles civiles innocentes et sans défenses, a fortiori contre les équipes sur entrainées et équipées de la delta force.

    Ils ne leur avaient laissé aucune chance. Les rares armes de poing que possédaient les habitants, vestiges d’un passé pas si lointain fait de guerre de gangs et de trafics de drogues et d’humains, avaient eu autant d’effet que des moucherons sur le pare-brise d’un Hyperloop lancé à six cents km/h. Les armures de combat avaient absorbé les projectiles, puis les soldats avaient éliminés les nuisances.

    • Quelles sont vos informations Oussamane ? demanda Linda.
    • De ce que l’on sait, c’est un raid américain, environ deux cents hommes, probablement la delta au grand complet, plus les dix hélicoptères de transport et les cinq d’escorte. Ils ont opéré depuis une base militaire située à la périphérie de San Antonio. D’un point de vue militaire, c’était une mission parfaitement exécutée : ils ont débarqué, fait ce qu’ils avaient à faire, et sont repartis aussi tôt. Au final, ils ne sont restés que deux heures en territoire mexicain. Juste ce qu’il fallait pour s’enfuir avant que la chasse ne soit en vol et ne puisse les abattre. Ça dénote clairement d’une opération mûrement réfléchie et planifiée.
    • Vous voulez dire qu’ils avaient prévu cette horreur de longue date ? demanda Maria.
    • Oui.
    • Pourquoi n’en avons-nous pas eu vent ? demanda Linda.
    • On parle de la delta, tout ce qui les touche de près ou de loin et classé, répondit Anuia. Si il y a bien un truc sur lequel la sécurité opérationnelle n’est pas compromise, c’est cette unité. Et je rejoints Oussamane, pour avoir agit aussi vite, ils ont dû faire des repérages, probablement depuis des semaines, voire des mois. Les incursions de l’année dernière avaient certainement pour unique but de préparer cette opération, ou une autre du même acabit, en testant les temps de réaction de l’armée de l’air mexicaine. On ne parle pas ici d’une petite frappe de représailles ou d’un mouvement opportuniste, mais bien d’une attaque coordonnée et préparée pour je ne sais quel objectif.
    • Il y a un moyen simple pour le savoir, fit Linda.
    • Elle activa son implant de communication et appela Charlie :
    • Appelez-moi la Presidential Tower, et je ne veux pas parler à cet arriviste de Kushner, je veux Ivanka ! Et je m’en fous qu’elle soit au golf ou quoi que ce soit !
    • Bien Madame, répondit l’intéressé.

    Quelques minutes plus tard, elle avait la présidente à vie, qui avait hérité du titre de son père, au téléphone.

    • Bonjour Madame la présidente, fit une voix suave. La blonde qui s’affichait à l’écran accusait ses soixante-dix ans, bien qu’elle eu mieux vieilli que son père. Que me vaut le plaisir de votre appel ?
    • Vous le savez foutrement bien, c’est quoi ce bordel ? Pourquoi vos marines ont attaqué un village sans défense et massacré les civils ?
    • Je ne vois pas de quoi vous parlez, j’ai bien eu vent d’une attaque sur un village frontalier, mais nous n’y sommes strictement pour rien.
    • Foutaises ! Nos systèmes ont très clairement identifié du matériel américain, et nos observateurs ont même pu relever les identifiants sur vos putains d’hélicos de la delta force, alors stoppez vos mensonges immédiatement et répondez à ma question !
    • Ils ont dû faire erreur, répondit la femme sur un ton égal, la delta était à l’entrainement à des milliers de kilomètres de là. Encore une fois, vous tentez de faire porter le chapeau à mon pays pour des actes qu’il n’a pas commis.
    • Et puis quoi encore ? nous savons que c’est vous, et personne d’autre, il y a des preuves, des faits, alors arrêtez votre baratin tout de suite.
    • Les faits se manipulent, et vos preuves ne valent rien. Nous fournirons à toute cour, légalement constituée, les preuves que nos soldats ne sont pas impliqués dans cette attaque. Nous ne porterons pas le chapeau pour vos problèmes d’insécurité interne. Mon bureau vous transmettra toutes les informations prouvant notre bonne foi. Et je refuse de continuer cette discussion tant que nous n’aurons pas étudié les « preuves » dont vous parlez.


    A ces mots, l’écran s’obscurcit et la femme disparut.

    • Dites-moi que je rêve et qu’elle ne vient pas de nous raccrocher à la gueule !?! Elle nous a pris pour qui ? pour ses attardés d’électeurs qui gobent tout ce que leur balance le gouvernement sans aucun esprit critique ? Oussamane, je veux que vous me prépariez un plan de riposte, à trois niveaux, allant d’une riposte faible et modérée à une invasion de l’Amérique du Nord. Anuia, je veux que vos services analyses toutes les données, concernant tant cette attaque que les déploiements en cours sur le territoire américain. Augustina, Manutea, je veux que vous activiez tous nos ambassadeurs, je veux avoir les coudées franches à l’assemblée si nous décidons d’une mesure de rétorsion, et faites savoir que je veux un front uni.
    • Madame ? fit Charlie sur son implant, j’ai Ricardo Diaz qui souhaite vous parler.
    • Passez-le sur l’écran principal de la salle du conseil s’il vous plait.

    Le président mexicain, qui apparut sur l’écran, était un homme plutôt jeune, la quarantaine, le teint bronzé et possédant une barbe de trois jours. Il était visible très en colère.

    • Bonjour, je suppose que vous avez pris connaissance de « l’incident » de Guerrero ?
    • Bonjour Ricardo, oui, Anuia et Oussamane viennent de nous faire part de l’acte terroriste qui a eu lieu dans votre pays. Sachez que nous sommes de votre coté et ferons tout notre possible pour déterminer ce qu’il s’est passé et punir les coupables.
    • Ce qu’il s’est passé ? Je vais vous dire ce qu’il s’est passé. Ces putains d’américains nous ont attaqué, voilà ce qu’il s’est passé. Ils ont envoyé des troupes d’élite pour massacrer des civils désarmés. Là où se trouvait un joli petit village, il ne reste que des cendres ! Même les trafiquants n’ont jamais osé une telle barbarie. Je tenais à vous appeler par courtoisie, afin de vous prévenir que mon gouvernement déposera une motion pour déclarer la guerre aux USA. Il est plus que temps de mettre fin aux agissements des ces dégénérés racistes qui pourrissent les relations internationales depuis trop longtemps déjà !
    • Je comprends votre position, et sachez que j’en partage les grandes lignes. Toutefois, nous avons eu Mme Trump, et elle nie l’implication de son gouvernement dans cette attaque. Vous savez aussi bien que moi que si vous déposer cette motion maintenant, leurs alliés la bloqueront à l’assemblée.
    • Mais nous avons des preuves accablantes !
    • Oui, je sais, mais ils produiront leur propre version, suffisamment crédible pour que les états sous leur sphère puissent mettre en doute nos documents en se drapant dans leur noble défense de la présomption d’innocence, et ils bloqueront le processus. Non, j’ai autant envie que vous d’aller leur botter les fesses, mais pour le moment, nous devons rester patients.
    • Donc, ce que vous me dites, c’est que vous allez rester sans rien faire, et que je devrai vous imiter ? C’est inacceptable, et hors de question !
    • Non, nous n’allons pas rester les bras ballants. Nous allons initier une campagne médiatique pour présenter notre point de vue et nos preuves, avec pour objectif de mobiliser les populations et forcer la main aux soutiens des américains. Une fois que nous aurons une majorité certaine, alors nous déplacerons nos pions. Je vous promets que ces atrocités ne resteront pas impunies. Ivanka devra répondre des actes de son gouvernement. S’il vous plait Ricardo, discutez-en avec votre gouvernement, retardez votre motion. A la seconde où les conditions seront réunies, vous pourrez le faire, et vous aurez le soutien plein et entier de mon gouvernement. En attendant, restez vague sur les responsables, incriminez vos voisins si vous le souhaitez, mais précisez bien que ce ne sont, à ce stade, que des conjectures. Etes-vous d’accord ?
    • Honnêtement ? J’ai envie de vomir à la seule idée de nuancer mes propos. Mais je comprends votre position. Toutefois, je ne pourrai pas tenir la laisse à certains de mes concitoyens.
    • Cela va de soi, et je ne vous le demande pas. Laissez-les s’exprimer, cela vous donnera d’autant plus l’allure d’un modéré.
    • D’accord. Je ne suis pas ravi, mais je ferai le nécessaire.

    A ces mots, la posture de l’homme s’effondra. Le gouvernement de Linda pu lire tout l’abattement du président sur son visage, mais également sa souffrance, visiblement sincère.

    • Ricardo, je suis désolée de vous imposer ça. Sachez que tout le monde ici est sincèrement désolé pour les pertes de votre nation, et que nous ferons tout ce qui est possible pour que justice soit faite.
    • Merci madame. Je dois vous laisser, je dois discuter de tout ça avec mon gouvernement et organiser les funérailles.
    • Transmettez à Charlie le lieu et la date, nous viendrons.
    • Très bien. Bonne fin de journée.
    • Merci. Et, Ricardo, toutes mes sincères condoléances.
    • Merci.

  6. #126
    (petite question gameplay/AAR: le jeu gère ce niveau de détail dans les évènements planétaires oO ? Tu es parti de quoi comme élément de gameplay pour imaginer une telle histoire?
    Les premiers AAR du forum ne laissaient pas du tout entrevoir un volet gestion de la politique/stabilité/??? de la civilisation/planète)

    Et toujours bien écrit, merci de prendre autant de temps pour nous romancer tout ça!

  7. #127
    On peut mettre plusieurs factions sur une même planète, ce que je n'ai pas fait (c'est déjà bien assez tendu comme ça !). Non, pour le coup, c'est purement dans ma tête et rien dans le jeu pour cette partie, histoire de pas me contenter de compter les vaisseaux de colonisation qui passent. A ma connaissance, le jeu ne produit pas autant de détail, juste des rapports de combat s'il y en a (Steeve a fait un AAR sur une partie comme ça sur le site officiel). Mais encore une fois, je suis très léger sur cette partie du jeu (le combat terrestre) et d'autres pourront apporter plus de précision.

    Merci !

  8. #128
    Chapitre 14 : 20 Novembre 2051, siège de l’ONU, Strasbourg, Europe

    • Où en sommes-nous de la construction de la porte ? demanda Linda.
    • Comme prévu, le chantier avance bien. La construction de la structure est achevée à dix pourcent. Une fois terminée, elle sera déplacée, en pièces détachées, vers le point de saut et nous pourrons commencer à faire transiter des vaisseaux de colonisation d’ici cinq mois. En attendant, nous avons envoyé une nouvelle équipe scientifique, avec du matériel pour installer un camp provisoire. Le Vasco de Gama, qui devrait être opérationnel d’ici dix jours rejoindra le Christophe Colomb, reparti hier, pour le transport des équipes de recherche. La seconde équipe ira explorer le plus gros des deux continents, pour voir s’il serait plus propice à l’installation de la première colonie, lui répondit Ernest.
    • Parfait. Comment avancent les discussions pour nommer le système et la planète ?
    • Un consensus semble se dégager pour les deux. Le système serait nommé New Strasbourg, et la planète Esperanza, si les votes ne bougent pas. Le comité scientifique s’est déjà prononcé pour. Ils proposent de nommer tous les systèmes à partir de nom de villes importantes. Comme quoi, six siècles après la colonisation des Amériques, on a toujours autant d’imagination pour nommer nos nouvelles découvertes… répondit Sacha.
    • Esperanza ? Pourquoi de l’Espagnol ? demanda Maria.
    • A priori, un symbole pour commémorer les morts de Guerrero, répondit-il.
    • Très bien, et que donnent les prévisions concernant le temps nécessaire pour déplacer tout le monde ?
    • C’est la mauvaise nouvelle. Nos vaisseaux sont capables de transporter cent cinquante mille colons par voyage, et un aller-retour dure quatre-vingt quatre jours. De fait, chaque année, un vaisseau peut transporter grosso modo six cent mille personnes. Je vous laisse faire les calculs, mais il va nous falloir bien plus que les trois Ireland en cours de finition si nous voulons transporter ne serait-ce que dix pourcents de la population, répondit l’amiral Seymos. Et c’est sans compter la croissance mondiale. Il faut probablement imaginer qu’un milliard d’êtres humains supplémentaires seront à prévoir.

    Linda pianota rapidement sur sa tablette pour faire quelques calculs.

    • Mon Dieu, en vingt ans, en prévoyant une augmentation régulière de notre flotte, nous transporterions à peine deux cent cinquante millions de personnes…
    • Ce qui représenterait déjà un exploit. Ce serait le plus grand déplacement de population de l’histoire de l’humanité. Cinq pourcents des êtres humains vivants envoyés dans un autre système solaire, fit Sacha.
    • Mais très largement insuffisant… répondit Linda. Ernest, quelles solutions avons-nous ?
    • Je n’en vois aucune. Enfin, aucune qui nous permette de sauver tout le monde. Nous pourrons augmenter un peu le temps disponible pour le transport en construisant des abris sur Terre. Par ailleurs, nous pouvons aussi espérer que les températures n’augmentent pas aussi vite que prévu par les équipes du Professeur Rojas. Après tout, nous ne connaissons pas tous les mécanismes qui pourraient atténuer les effets de l’augmentation.
    • Hum… On nous a déjà servi cette sauce il y a trente ans, et voyer où ça nous a mené… Le réchauffement climatique a eu des effets dévastateurs, et les fameux mécanismes qui auraient pu, voire dû, nous protéger n’ont fait qu’en amplifier les effets. Non, il ne faut pas compter sur mère nature pour nous sauver je le crains, fit Viktor. A moins que vous n’envisagiez d’envoyer un nouvel astéroïde percuter la Terre.
    • Non, en effet, personne n’envisage cette possibilité, répondit Linda. Combien de temps nous feraient gagner vos abris ?
    • Quelques années, une décennie au plus, et encore, à une population réduite. Les infrastructures nécessaires seraient monstrueuses.
    • Toute rallonge sera bonne à prendre, fit Anuia.
    • Maria, est-il possible d’initier la construction de ces infrastructures sans amputer les ressources allouées à la construction de vaisseaux ? demanda la présidente.
    • Oui, la large réorganisation de l’économie mondiale de ces derniers mois a dégagé des ressources inimaginables pour la construction spatiale. Nous avons largement de quoi mener plusieurs projets de front. Pour tout dire, aujourd’hui, le facteur limitant notre production de vaisseaux est le nombre de cale en fonctionnement. Les travaux d’agrandissement prennent du temps, et des longues années seront nécessaires avant de rencontrer des pénuries.
    • Parfait. Je vous laisse vous charger d’organiser la production de ces infrastructures. Cependant, il va falloir réfléchir à un mécanisme de sélection pour savoir qui nous envoyons en priorité là bas.

    Devant le regard choqué de ses collaborateurs, Linda précisa :

    • L’idée d’eugénisme me dérange autant que vous, mais nous n’avons pas le choix. Si seule une personne sur vingt peut survivre, il va falloir faire des choix, choix que nous serons capables d’assumer lorsque nous les annoncerons à la population.
    • Déjà, fit Ernest, je pense que nous sommes tous d’accord pour dire que les personnes âgées ne seront pas prioritaires. Et quand je dis âgées, je sous entends retraitées.
    • Oui, même si cela semble évident pour tout le monde, ça restera difficile à faire accepter par lesdites personnes âgées… fit remarquer Sacha.
    • Certes, reprit Ernest, mais ça me semble la plus simple des décisions en termes de sélection, et réduit de vingt pourcent la population à transporter…
    • La question risque de se poser pour les abris également… fit remarquer Maria. Tant que le danger reste hypothétique, les gens, je pense, accepteront sans trop de difficulté le sacrifice. En revanche, quand le choix sera les abris ou la mort, je ne suis pas sûre que tout se passe aussi bien. Les gens paniqueront et voudront probablement forcer le passage dans les bunkers. Et laisser quelqu’un sur une planète qui va hypothétiquement mourir dans vingt ans n’est pas la même chose que de fermer la porte au nez de gens que l’on sait condamner à une mort certaine et rapide…
    • Je vois où vous voulez en venir, fit Oussamane. Nos soldats obéiront aux ordres, ne vous inquiétez pas. Nous ferons le nécessaire, quoi qu’il en coûte.
    • Cette solution est intéressante, fit Viktor, mais au-delà des questions morales qu’elle soulève, elle poste le problème des structures de décisions. La plupart des dirigeants sont dans la tranche que vous souhaitez laisser ici, avec le risque de déstabiliser fortement une colonie déjà soumise à des conditions complexes.
    • Hum, je pense que l’on peut trouver des personnes actives qui seront en mesure de mener la colonie. Regardez notre conseil, même Maria, qui est notre ainée, serait encore éligible au départ, fit Ernest.
    • Merci de le faire remarquer… répondit l’intéressée. Mais c’est bien beau tout ça, vous avez réduit le nombre de colons potentiels à quatre milliards, comment on sélectionne deux cent cinquante millions de personnes là-dedans ? Comment on justifie que tel ingénieur, issu de tel pays, de telle religion et de telle orientation sexuelle est préféré à un autre ? Et tant qu’on y est, est-ce qu’on refuse le voyage aux gays et lesbiennes parce qu’ils ne se reproduiront pas, alors qu’il faudra bien peupler ce nouveau monde ? Est-ce que les personnes stériles, qui représentent, je vous le rappelle, pas loin de dix pourcents de la population, si l’on en croit les résultats de la cohorte Cupidon ? Il y a suffisamment de questions éthiques pour occuper le conseil approprié pendant trois générations ! Et au-delà du côté éthique, qui prendra les décisions ? Nous ? Vous ? L’assemblée ?
    • Je pense que nous sommes tous d’accord pour dire que l’assemblée ne sera jamais en mesure de prendre une décision pareille, dit Augustina. Les querelles politiciennes prendraient trop rapidement le pas sur les décisions rapides. Or, le premier vaisseau devrait décoller pour le mois de mai.
    • Je ne m’inquiète pas trop pour les premiers colons, il sera facile de faire accepter le fait que seuls des techniciens, des ingénieurs, des scientifiques, des soldats et leurs familles soient embarqués. Non, la question se posera dans deux ans, lorsque les bases d’une colonies viables seront posées, dit Ernest.
    • Et pourquoi prendre une décision ? demanda Viktor. Pourquoi ne pas simplement remplir les vaisseaux en fonction des besoins ? Il faut des agriculteurs ? Très bien, on sélectionne des agriculteurs. Pareil pour des biologistes, des financiers, etc.
    • C’est bien beau, mais ça ne répond pas à mon questionnement, comment vous sélectionnez l’agriculteur A plutôt que le B ? demanda Maria.
    • Nous n’aurons pas la réponse aujourd’hui, je le crains, coupa Linda. Ce que je vous propose, c’est de réunir un comité d’éthique très restreint pour discuter de ces questions, en leur précisant bien qu’ils n’ont qu’un mois pour délibérer. Je pense que Viktor a raison sur le choix des colons en fonction de leurs compétences, mais le questionnement de Maria est également tout à fait légitime, et c’est là-dessus que devra plancher le comité. Est-ce que cela convient à tout le monde ?

    L’assemblée marqua son approbation.

    • Parfait, cela solde la question pour le moment. A propos d’un sujet bien plus terre à terre, et sur lequel nous avons plus de maitrise : Augustina, où en sommes-nous pour le vote de demain concernant le déclenchement d’opérations militaires contre les américains ?
    • Ça sera très serré. Leurs alliés au parlement sont bien plus nombreux que nous le pensions, et un grand nombre de député ne souhaitent tout simplement pas risquer des nouvelles attaques atomiques que pourraient déclencher une guerre de cette ampleur.
    • D’autant que nous ne sommes pas sûrs de pouvoir intercepter tous les missiles à longue portée qu’ils pourraient envoyer. Nous n’avons aucune vue sur les technologies qu’ils ont pu développer dans leur coin sur les dix dernières années, rajouta Oussamane, même si, après notre discussion précédente, cela nous simplifierai pas mal de choses…
    • Il est hors de question qu’une seule ogive passe nos défenses, nous sommes d’accord ? fit Linda ?
    • Bien évidemment, c’était juste de l’humour noir.
    • Je l’espère. Avez-vous un plan d’attaque à nous présenter ?
    • Oui, nous avons plusieurs options à vous présenter.
    • Très bien, nous en discuterons demain, et aviseront en fonction de ce qu’il découlera des discussions de la chambre. Qui sait, peut-être que mon discours en ouverture fera bouger quelques lignes, on peut toujours rêver… En attendant, j’ai une réunion avec des responsables d’ONG pour discuter de la situation du Bangladesh et des inondations liées à la mousson tardive. Nous nous revoyons demain dès que le vote sera clos.

  9. #129
    Chapitre 15 : 21 Novembre 2051, Résidence présidentielle, Strasbourg, Europe

    La nuit avait été courte et agitée. Ils avaient fini de travailler sur son discours de ce matin vers trois heures, et Linda n’était pas sûre que des modifications ne seraient pas encore nécessaires. Dans ces moments, elle en venait à regretter la nouvelle constitution, qui limitait ses pouvoirs concernant la politique intérieure. Si ça n’avait tenu qu’à elle, cela ferait bien longtemps que la nouvelle mouture des USA aurait été balayée pour reprendre sa place dans le concert mondial. Tant de ressources gâchées pour des projets mesquins et n’ayant pour autre objectif que la satisfaction de l’égo démesuré de ses dirigeants. Tant de ressources à gâcher pour résoudre ce problème alors qu’elles auraient été tellement plus utiles ailleurs. Comme par exemple au Bangladesh, où la situation sanitaire était critique. La mousson avait fait déborder le Brahmapoutre, allant jusqu’à inonder les bidonvilles de la banlieue de Dacca. Des millions de personnes étaient touchées, dans ce pays qui avait déjà vu sa superficie amputée d’un bon quart du fait de l’augmentation du niveau de la mer.

    Et tant de problématiques en moins pour nuire à son sommeil. Comme si la fin du monde ne suffisait pas !

    Son implant retenti, la prévenant de l’arrivée du convoi. Elle finit de s’habiller et descendit rejoindre sa voiture.

    • Bonjour Oswald, comment allez-vous ?
    • Très bien et vous Madame.
    • Bien mieux si j’avais eu quelques heures de sommeil en plus…
    • Oui, vous avez fini tard hier, espérons que ce discours aura l’effet escompté.
    • Merci Oswald.

    Elle grimpa dans la voiture, suivie du garde du corps qui pris place à côté du chauffeur, et elle se plongea dans son discours afin d’y apporter quelques retouches. Elle souhaitait lui imprimer un ton plus solennel, et plus martial. Elle constata par ailleurs des coquilles, dues à l’heure tardive de la réd…

    Un bruit sourd la tira brusquement de sa lecture. Comme une explosion.

    Elle vit, au travers du pare-brise, la voiture de tête exploser. Pulvérisée.

    Puis le monde s’affola.

    Son véhicule s’envole et se retourne sur le toit. Elle est pendue par la ceinture de sécurité.
    Des impacts sur la carrosserie. Beaucoup d’impacts. Les claquements secs d’armes de guerre. Puis, une nouvelle explosion.
    Oswald, visiblement touché, rampe vers elle. Armé.
    Des cris retentissent, depuis l’extérieur. De douleur. Et des ordres.
    Une forte détonation arrache sa portière. Elle sent les éclats de la vitre lui érafler le visage.
    Un homme armé apparaît à la place de la portière.

    Trois détonations sèches, directement à coté d’elle. Oswald. Elle n’a pas eu de temps de comprendre que l’homme git mort. Deux balles dans la poitrine, une dans la tête.
    La seconde portière disparaît à son tour.
    Oswald se retourne vers la nouvelle source. Puis sa tête explose. Abattu à bout portant par une arme lourde.
    Elle voit le canon de l’arme se lever vers elle.

    Nouvelle rafale. Le porteur de l’arme s’effondre. Mort.
    Des mains l’agrippent. Elle se débat.

    • Madame la présidente, nous sommes là pour vous tirer de cette embuscade, laissez-vous faire ! hurle un soldat dont elle reconnaît l’uniforme.

    Un membre de l’armée européenne.

    Elle est extraite de la voiture. Un groupe de soldat la protège. Ils se dirigent vers un blindé. Le tireur, sur le toit, tire sans discontinuer sur les bâtiments alentours.
    D’autres cris. Un soldat s’effondre.
    Elle est jetée dans le blindé. Seuls trois soldats sur les huit montent avec elle. Les autres restent en arrière.
    Le véhicule démarre en trombe et tourne au premier carrefour.

    Le calme.

    Un soldat lui hurle quelque chose. Elle se tourne vers lui.

    • Madame la présidente, où êtes-vous blessée ?

    La question n’est pas si, mais où.

    Elle est en vie.

    On a essayé de la tuer.

    Quelqu’un a tenté de la tuer !

    • Madame, où êtes-vous touchée ?
    • Ça va, je vais bien. Où allons-nous ?
    • A l’hôpital, pour vous soigner.
    • Non. Emmenez-moi au siège de l’ONU.
    • Mais madame, vous êtes blessée !
    • C’est un ordre ! J’ai un discours à faire. Quelqu’un a mis de gros moyens pour m’en empêcher. Des gens sont morts. Leur sacrifice ne doit pas être inutile.


    Elle vit un profond respect émerger dans le regard du soldat et après quelques secondes, il aboya ses ordres.
    • Mathilde, changement de cap, direction le siège. Enzo, préviens les équipes de protection, je veux la grille du parlement grande ouverte quand on arrivera.
    • Merci, fit Linda dans un souffle.

    Elle vérifia l’heure. A peine quelques minutes étaient passées. Toute l’attaque n’avait pas duré plus de deux minutes. Un tel déchaînement de violence en si peu de temps…
    • ETA ? demanda le soldat.
    • Trois minutes, lui répondit la pilote.
    • Avez-vous reconnu qui étaient les assaillants ? demanda Linda.
    • Ils n’avaient pas de signes distinctifs. Mais vu l’efficacité, la coordination de l’attaque, clairement pas des amateurs. Si je devais parier, je dirais les amerloques, qui d’autre ?
    • D’accord, merci.

    Linda se plongea dans ses pensées. La femme politique reprenait le dessus. Elle envisageait les conséquences de cette attaque sur le vote.
    La voiture s’arrêta dans la cour du siège de l’ONU.

    • Attendez que les équipes de sécurité se positionnent.
    • Je veux que vous m’escortiez jusqu’à la salle du congrès. Je vous fais confiance, à vous et vos hommes. Qui sait ce qui nous attend à l’intérieur ?
    • Je ne suis pas sûr que la sécurité apprécie…
    • Je m’en tape, vous venez avec moi.
    • A vos ordres.

    Les portières s’ouvrirent, et elle fut escortée jusqu’à la salle, sous les regards ébahis des personnes qu’ils croisèrent. A son arrivée, Charlie l’attendait. Il venait seulement d’apprendre ce que les flux appelleraient « l’attaque de la forêt noire », en référence à l’avenue où elle avait eu lieu.

    • Vous allez bien Madame ?
    • Aussi bien que possible au vu des circonstances. Prêtez-moi votre tablette, la mienne est restée…

    A ces mots, elle sentit des larmes monter au souvenir de la mort de ses gardes du corps. Au souvenir de la mort d’Oswald.

    • Tenez Madame.


    Elle ravala ses larmes et le nœud qui commençait à se former dans sa gorge :

    • Merci Charlie. Et maintenant, allons gagner ce vote.


    Elle ne garda qu’un souvenir flou de la suite, mais elle s’en tint au texte, ne faisant jamais la moindre allusion à l’attaque qu’elle avait subie ou à l’identité potentielle des assaillants.
    Une écrasante majorité vota pour la déclaration de guerre.

  10. #130
    Bordel, c'est vraiment dommage de ne pas avoir poussé plus loin en SpaceMaster pour mettre en place une vrai faction dans le jeu
    Bidouilleur à ses heures

  11. #131
    J'avais peur de me faire ouvrir en deux au bout de 10ans :D

  12. #132
    De mémoire, gérer 2 pu plus factions sur Terre est quand même galère. J'avais voulu faire une partie comme ça, mais l'IA en est pas capable, du coup faut tout faire tout seul.

  13. #133
    Il y a fort longtemps sur un autre site, on avait commencé une partie avec 2 camps et un maitre du jeu qui s'occupait de passer les ordres et d'appliquer les consignes des deux camps. C'était plutôt sympa même si ça n'a pas trop duré (comme souvent avec un AAR multiple).
    Il faudrait que je test un peu voir ce qu'il est possible de faire avec des factions différentes du coup.
    Bidouilleur à ses heures

  14. #134
    Après, l'autre limite pour moi, est que je ne vois pas comment empêcher l'IA d'aller dans l'espace, ce qui est le cas dans mon histoire, à mois de supprimer en SM toute installation extra-terrestre.

    Mais si tu te lances sur le sujet, n'hésite pas à nous raconter ce que ça donne !

  15. #135
    Chapitre 16 : 30 Décembre 2051, surface d’Esperanza

    Le voyage pour retourner sur Esperanza c’était déroulé sans accroc. Le passage du point de saut commençait à devenir une habitude, et seuls les nouveaux membres d’équipage en avaient réellement subi les effets.
    La mission du Christophe Colomb était cette fois différente : de vaisseau d’exploration, il était devenu vaisseau de transport. Une équipe de vingt scientifiques, et tout le matériel nécessaire, avaient été chargée et transportée sur la planète, où ils avaient rejoint les huit colons restés en arrière.

    La première chose qui marqua le capitaine lors de son retour fut l’odeur de la planète, un mélange d’herbe pourrie et de terreau. En effet, les analyses menées sur les souris et le cobaye désigné volontaire de l’ADUA avaient montré que le corps humain était définitivement une machine à tuer les organismes étrangers. De fait, pour ce second voyage, ils étaient autorisés à se déplacer sans casque ni équipement de filtrage. Les scientifiques restés en arrière avaient été ravis de la nouvelle et s’étaient prestement débarrassés de leur équipement une fois la nouvelle transmise. Ils avaient ensuite pu échanger sur les découvertes réalisées

    Au grand désarroi de Zaccharie, aucune espèce de lion, ou de super prédateur n’avait été découverte pendant leur absence. Les gros buffle/coléoptères semblaient, à l’image des éléphants, être intouchables pour la faune locale. Ainsi, les carnivores rencontrés dès le premier jour, qui avaient été observés depuis par des drones chassant les espèces de gazelle, se trouvaient en haut de la chaîne alimentaire, tout du moins, dans ce biome. Ils étaient tous impatients de mettre en marche les drones à longue portée pour explorer le reste du continent, voire découvrir ce qui vivait sur le second. De plus, le vaisseau avait lâché une dizaine de satellites en orbite de la planète pour analyser plus finement les cycles météorologiques, le climat et la tectonique.

    Quelques jours plus tard, les drones furent mis en action. Leur première destination fut la forêt qui peuplait la partie nord du continent. Malheureusement, la couverture végétale empêchait tout observation depuis le ciel et une expédition terrestre serait nécessaire. Mais le survol avait confirmé que cette partie de la planète ne pourrait être colonisée avant un moment. L’engin avait fini par un survol des « plages » du nord, qui se résumaient à une fine bande de gravier, ou de galet, sur laquelle se reposaient des animaux énormes, de plus de cinq mètres de long, très semblable à des phoques, mais avec deux paires de pattes en trop et une carapace lisse et luisante. À l’arrière de cette minuscule plage se trouvaient d’énormes falaises, de plusieurs dizaines de mètres de hauteur, où nichaient les oiseaux locaux.

    • C’est impressionnant, lâcha le militaire qui pilotait l’engin. Ces falaises concurrenceraient presque celles de l’ile Crozet ! Et regardez, juste ici, l’ombre sur le sol, à coté de celle du drone, cet oiseau doit être éno…

    La diffusion du drone fut subitement perturbée, celui-ci enchainant les tonneaux. Le pilote avait toutes les difficultés du monde à maintenir l’appareil en vol.

    • Mais qu’est ce qu’il se passe bon sang ! tonna le pilote.
    • On dirait que vous avez été pris en chasse, lui répondit l’un des scientifiques. Ce doit être un monstre aérien pour déstabiliser le drone comme ça !

    En effet, l’engin mesurait douze mètres d’envergure et pesait huit tonnes.

    • Il a l’air d’abandonner !
    • Essayez de le filmer !

    Le pilote réussit tant bien que mal à modifier la course de son appareil, handicapé par des dégâts importants à l’empennage qu’il avait subi.

    • Oh mon dieu, il est énorme, au moins dix mètres !
    • Onze et demi si j’en crois mes capteurs, fit le pilote.
    • Pas loin du double du plus gros oiseau terrestre, s’exclama Thiago Da Silva, qui avait fait partie de la nouvelle expédition. Et il n’a pas l’air commode…
    • Clairement pas, cet appareil est conçu pour résister à des tirs directs de canon de vingt millimètres !
    • Y-a-t-il une caméra arrière qui pourrait nous montrer l’attaque ?
    • Oui, mais je ne peux pas l’afficher maintenant. Je dois d’abord faire atterrir le drone.
    • Très bien, ramenez-le-nous, si vous le pouvez.

    Le vol retour avait duré deux fois plus longtemps qu’à l’aller, le pilote luttant contre les commandes récalcitrantes, mais il parvint à poser le drone à proximité du lieu de la colonie sans le détruire à l’atterrissage.
    Quand ils le virent, ils prirent conscience de l’exploit de l’opérateur : la moitié de la queue de l’appareil avait tout simplement disparu. Arrachée. Les traces de dent sur ce qui était resté solidaire du reste leur donnèrent la chair de poule.

    • Vous n’avez croisé aucun de ces monstres durant le mois passé ici ? demanda Zaccharie.
    • Non, aucun, et je pense que nous les aurions remarqués ! répondit l’un des scientifiques.
    • Bon, avec un peu de chance, ils ne s’aventurent pas par ici, mais je sens qu’il va être compliqué pour moi de dormir ailleurs que dans le vaisseau la nuit… fit le capitaine. J’espère que notre expédition de demain sur le second continent ne nous réservera pas ce genre de surprises.

    Le trajet vers le second continent avait pris quatre heures. Le site d’atterrissage, dans les contreforts des gigantesques montagnes, avait été choisi avec soin car son sous-sol possédait des ressources massives en étain et en aluminium.
    Le terrain n’avait rien à voir avec la savane du premier lieu d’atterrissage. Le sol était inégal, et pauvre en végétation. Quelques rares arbustes, d’une cinquantaine de centimètres, se disputaient le terrain avec des touffes d’herbes disparates et de grandes plaques de lichen, tous du même bleu-vert qui semblait recouvrir la planète. Aucun animal, à l’exception de quelques rares oiseaux, beaucoup moins impressionnant que le monstre côtier, qui survolaient l’appareil. Par ailleurs, la température était inférieure à quinze degrés, et des congères étaient visibles à quelques centaines de mètres de là.

    • Eh bien, l’ambiance est plus fraîche ici… fit remarquer l’un des inévitables soldats qui composaient l’escorte.
    • Et nous ne sommes qu’à mille cinq cents mètres d’altitude. Les températures au sommet sont très largement négatives, selon nos mesures, inférieures à moins trente degrés. Et n’imaginez même pas grimper sans bouteilles d’oxygène, les plus hauts sommets culminent à plus de vingt-cinq kilomètres ! répondit Thiago.
    • Ils vont s’amuser dans les mines ici… lui répondit le militaire
    • Clairement, l’extraction de minéraux va être très compliquée, d’autant que les gisements sont à plusieurs centaines de mètres de profondeur. Toute la chaine montagneuse est truffée, selon les mesures des sondes, de ressources naturelles.
    • Pourquoi la végétation est aussi pauvre ? Nous ne sommes pas si haut que ça, demanda Zaccharie.
    • Je ne sais pas. Si je devais risques une hypothèse, je dirai à cause du déficit hydrique. Les montagnes arrêtent une bonne partie des nuages qui viennent majoritairement de l’Ouest. C’est probablement ce qui explique la présence de cet immense désert qui court jusqu’à la mer. Les plantes ici survivent avec le peu d’eau qui descend des glaciers aux sommets, et de la fonte des quelques flocons qui tombent du bon côté de la montagne. Nous avons fini les relevés, la zone sera idéale pour l’installation de mines.
    • Idéale ? interrogea Zaccharie.
    • Oui, répondit Thiago. En comparaison avec les conditions extrêmes pour lesquelles elles ont été conçues, ici est un vrai coin de paradis. Bien sûr, les techniciens risquent de voir ça sous un autre angle… Mais bref, nous pouvons rentrer au camp de base.

    Quelques heures plus tard, Zaccharie buvait un thé, confortablement installé sur le toit d’un préfabriqué en admirant le soleil couchant.

    • Je peux me joindre à vous ?

    La question provenait du colonel, qui tenait dans ses mains une chaise pliante, un thermos et une tasse vide.

    • Bien sûr mon colonel.
    • Je vous en prie, nous sommes de repos, appelez-moi Bernard.
    • Comme vous souhaitez.
    • Ah, fit le militaire en se servant une tasse de thé, c’est dans ces moments là que le café me manque le plus…
    • Hum, je n’ai jamais eu l’occasion d’en boire, les prix étaient déjà bien trop élevés quand j’étais jeune pour pouvoir m’en procurer.
    • Oui, voyez le bon côté, vous n’avez pas eu à vous sevrer… les réveils sont devenus difficiles sans, et ce n’est pas ce thé qui le remplacera ! Vous croyez que nous pourrons en faire pousser ici ?
    • Aucune idée, vous devriez demander à Thiago, mais je ne vois pas de raison du contraire, il semble y avoir des zones qui possèdent le climat idéal pour sa culture.
    • Oui, quelle honte que nous ayons tellement abimé notre planète que seuls les plus fortunés puissent encore se payer ce que n’importe qui buvait plusieurs fois par jour auparavant. M’enfin, je digresse. Espérons que nous ne reproduirons pas les mêmes erreurs ici…

  16. #136
    Chapitre 17 : 3 Janvier, orbite basse, Terre

    Kamal senti monter la tension en lui à l’annonce du saut par l’opérateur. Il avait répété l’opération des centaines, des milliers de fois. Un saut HALO , en armure de combat complète, avec ouverture programmée à quatre cents mètres, seulement, au-dessus d’une zone urbaine dense. L’entrainement des forces spéciales d’assaut les préparait à ces exercices, et plus précisément à cette situation spécifique depuis plusieurs mois. L’objectif : la Trump Tower, pardon, la Presidential Tower, à New York.

    La mission était simple : sauter, atterrir sur le toit de la tour, s’introduire dans la zone sécurisée, déterminer la position de la présidente, la trouver, l’arrêter et la prendre en otage. Tout ça en moins d’une heure. Le largage était effectué à partir d’un avion furtif stratosphérique, volant à plus de seize kilomètres d’altitude, et la cible un quadrilatère de quelques dizaines de mètres de côté, et tout ça de nuit. Un saut impossible sans l’assistance des armures de combat et tout leur matériel high tech embarqué.

    Deux minutes.

    Kamal avait déjà connu le feu. Son premier combat avait été lors de la révolution iranienne. Il avait fait partie des troupes révolutionnaires qui avaient aidé les manifestant à renverser la république théocratique islamique et ses ayatollahs. Les combats contre les Gardiens de la Révolutions avaient été terribles, et nombreux avaient été ses camarades à mourir. Mais ils avaient gagné. Ironiquement, la fin du régime dictatorial avait coïncidé avec la mise en place de celui de l’ennemi de toujours, les USA. Et les sanctions internationales étaient passées de l’Iran à cette nouvelle république démocratique et son président élu à vie. Et aujourd’hui, il était là, à mener une action dont les forces spéciales américaine avait dû rêver de mettre en place contre l’ancien régime. Vraiment très ironique comme situation se disait-il.

    Il se leva et vérifia le matériel de son camarade de gauche, puis laissa ce dernier en faire de même avec le sien. Il éprouva son fusil d’assaut, s’assura du nombre de munition et l’arma. Il entendit le clic familier signifiant qu’une balle était chargée dans la chambre, prête à être utilisée.

    Son fusil, on lui avait appris à l’aimer, comme dans ce vieux film de la fin des années quatre-vingt. Le FN, un fusil d’assaut conçu pour équiper les forces spéciales. Court, avec une forte cadence de tir, idéal pour le combat en espace restreint.

    Une minute.

    Il était temps. La fenêtre de saut n’était que de quarante-cinq secondes, et vingt soldats devaient se lancer dans cet intervalle. Ensuite, un plongeon de plus de quinze kilomètres, puis le choc de la voile qui s’ouvre. Après, la partie la plus difficile : atterrir sur le sol couvert de neige de la tour sans déraper.

    La lumière vira au vert. Il était temps.

    Il s’élança dans le vide, sans aucune hésitation. L’affichage tête haute de son casque lui présenta le couloir de vol, tout en indiquant la position de tous les autres membres de l’escadron. Quarante hommes contre une tour pleine de gardes du corps et de soldats. Un jeu d’enfant.

    L’atterrissage se passa parfaitement, pas un soldat ne manqua la cible. Du bon travail de professionnel, et de bon augure pour la suite.

    Comme prévu, il n’y avait aucun garde sur le toit, seulement une porte d’accès sous alarme. Il vit un technicien la désarmer en moins de trois secondes. Les protocoles de sécurité des amerloques étaient vraiment à la ramasse. Même dans le scénario le plus optimistes, ils avaient prévu vingt seconde pour cette étape.

    La porte s’ouvrit. Kamal entra en second et pris le relai pour sécuriser le couloir de droite. Personne.

    Le penthouse se situait juste en dessous, avec pour seul tampon depuis le toit, le dernier étage qui servait de lieu d’habitation pour le personnel de sécurité, de loin l’étape la plus dangereuse de l’opération.

    Quatre hommes de placèrent en haut des escaliers, puis l’assaut à proprement parler commença.

    Les coups de feu se mirent à retentir. Son entrainement rigoureux lui permis de garder son calme malgré le déluge de projectiles qui s’abattaient sur eux. Et comme prévu, les balles utilisées étaient faites pour traverser leurs armures.
    Déjà un mort et trois blessés de leur côté, beaucoup plus en face.

    Ils continuèrent leur progression. L’explosion des cages d’ascenseur se produit après trente secondes, comme planifié. La retraite de la présidente était coupée.

    Après cinq minutes de combats acharnés, ils finirent de sécuriser le dernier étage et la cage d’escalier. Les robots de détection leur montrèrent une armée qui les attendait de pieds ferme derrière la porte, seul accès pour entrer à l’étage. Tout du moins, en théorie.

    Il plaça sa charge approximativement au-dessus de la cible que le commandant lui avait désignée, et régla le minuteur sur vingt secondes. Au bout du compte à rebours, les soldats en dessous virent le plafond leur tomber littéralement sur la tête, rapidement suivi de dix armures de combat et leurs occupants. En cinq seconde, ce fut fini. Le sol était jonché de cadavre.

    Pas un blessé de leur côté, du bon travail.

    Ils continuèrent de progresser en éliminant les poches de résistance qu’ils croisaient ça et là et finirent par atteindre les portes de l’ascenseur de sécurité. Il menait directement au bunker sous-terrain, sous l’immeuble. Un seul point d’accès, facile à protéger. Mais également une seule sortie, et donc un piège.

    Ils forcèrent la serrure et actionnèrent leurs grappins magnétiques pour descendre les soixante étages qui les séparaient de l’entrée.

    Encore une fois, les robots montrèrent une vingtaine de soldat, lourdement armés, qui les attendaient de l’autre côté de la porte. Et cette fois, il n’y aurait pas de décente surprise depuis le plafond. Mais ils avaient d’autre gadget en réserve.

    Ils enfilèrent leurs masques à gaz et activèrent la vision infra-rouge. Puis, à l’heure prévue, tout fut plongé dans le noir. A la seconde ou le courant cessa, ils franchirent les portes et se mirent à tirer sur les pauvres soldats qui étaient encore en train de comprendre ce qu’il se passait.

    Un mort et un blessé, un bon résultat, meilleur qu’à l’entrainement.

    A partir de là, la mission se complexifiait : n’importe qui pouvait être un VIP, et il devait donc vérifier l’identité de la cible avant de tirer. Impossible d’utiliser des munitions en caoutchouc, elles ne pourraient pas neutraliser les soldats lourdement protégés qu’ils pourraient rencontrer.

    Le générateur de secours s’enclencha, un peu plus vite que prévu, premier bémol.

    La résistance se faisait plus acharnées ici. Les défenseurs n’hésitaient pas à se sacrifier pour faire quelques dégâts. Mais le massacre continua.

    Ils finirent par atteindre la salle d’état-major et de commandement, où devait se situer la présidente.

    Elle n’était pas là. Les robots de reconnaissance ne la nulle part dans le complexe.

    Merde.

    Une seule sortie. Facile à défendre, mais un piège mortel une fois coincé à l’intérieur.

  17. #137
    Chapitre 18 : 4 Janvier 2052, frontière Mexique, banlieue de Monterrey

    Mei était soldat du génie dans l’AASE, l’Armée d’Asie du Sud Est, qui prenait ses ordres auprès de l’ADUA, comme tout le monde à vrai dire. Originaire de Chine, elle et sa famille avaient été épargnés par chance lors du Grand Cataclysme. En effet, leur maison se situait en hauteur, mais sur le versant d’une petite colline du Hainan, qui les avaient protégés lors du ras de marée qui avait suivi les impacts. Ensuite, des soldats Vietnamiens étaient venus les secourir, et ils avaient immigré en Malaisie, où sa mère avait de la famille. A dix-huit ans, elle avait rejoint l’armée et y avait passé les douze dernières années.

    Elle s’était retrouvée affectée au génie un peu par hasard. Elle avait toujours été douée avec la mécanique, de par les heures qu’elle avait passée avec son père dans sa boutique à l’aider à réparer tout ce que les clients ramenaient. Et au final, réparer une voiture télécommandée ou un robot de reconnaissance, c’était peu ou prou la même chose.

    Comme tout le monde, elle avait été choquée et indignée par l’attaque de Guerrero, le massacre plutôt, et elle avait été ravie d’apprendre que la guerre contre les USA avait été votée par le parlement. Son cerveau n’avait pas voulu faire le lien : s’il y avait une guerre, elle y participerait.

    Et voilà, elle se retrouvait là, à la frontière, à quelques centaines de mètres de l’ennemi. Pour le moment, tout le monde se regardait en chien de faïence, attendant elle ne savait quoi. Comme si son commandement, après de longues années sans mener de véritable guerre contre un état souverain et une armée organisée, ne se rappelait plus comment s’y prendre.

    Ainsi, ils s’étaient contentés de masser des forces à la frontière mexicaine et dans le détroit de Béring, mais sans agir.

    Son chef de section les rejoint.

    • Bon les gars, tenez vous prêts. Dans une heure, le spectacle va commencer. Je veux tout le monde en tenue, et paré à intervenir. Dès que les brèches seront faites, il faudra déminer pour que les blindés puissent passer. J’espère que les batteries de vos jouets sont chargées.

    A ces mots, ils tournèrent tous instinctivement la tête vers les racks de recharge des batteries. Ils étaient tous verts.

    • Je vous résume en gros comment ça va se passer. L’aviation va entrer en jeu, accompagnée par l’artillerie lourde. Dès qu’ils ont fini, soit dans environ deux heures, on entre en jeu. On dégage le passage pour les blindés et l’infanterie. Une fois fait, on suit tout le monde pour intervenir. Vous allez être rattaché à des unités, vos affectations devraient arriver sur vos terminaux d’ici quelques minutes. Si tout se passe bien, on se retrouve tous dans dix jours à New York pour la chandeleur, c’est bon pour tout le monde ?
    • C’est quoi la chandeleur ? demanda Usuf.
    • Une fête géniale où on mange des crêpes pour oublier le temps pourri de l’hiver parisien. Allez, en piste les enfants. Et soyez prudents, je veux pouvoir vous offrir cette crêpe.

    Sa tablette sonna : 5ème section d’infanterie. Hum. Pas de mécanique au programme. Elle aurait préféré les tanks, au moins, elle aurait évité la marche. Elle se dirigea vers le lieu de rassemblement de la section.

    Ah, coup de bol, les soldats avaient l’air majoritairement issus de l’UE, ça lui évitera les regards en coin des gars de l’ADUA qui l’avaient toujours mauvaise des tentatives d’invasion de l’Ethiopie par l’armée chinoise, qui avaient toutes échouées. Ça et la corruption des dirigeants de toute l’Afrique de l’Est par l’état Chinois pour y construire les bases avancées de la nouvelle route de la soie.

    • Salut les gars, je cherche le chef de section vous savez où il est ?

    Un grand brun, peau mate, avec des bras énormes et des épaules de déménageur, lui répondit :

    • Troisième tente à droite, t’es du génie ?
    • Ouais, c’est moi qui vais devoir couvrir vos petites fesses fragiles et m’assurer que vous posez pas le pied sur un cadeau surprise.
    • J’espère que t’es douée, parce que j’y tient, à mes petites fesses fragiles. Si t’as de la chance, peut être même que je te laisserai les voir !

    A cette remarque hautement intellectuelle, lui et ses trois camarades partirent d’un rire qui respirait l’intelligence.

    • Viens, je vais t’accompagner. Fais pas attention à eux, ils passeront pas les deux premiers jours, ils ont le même rôle que ton robot, se sacrifier pour les vies qui valent quelque chose lui dit une soldate.
    • Fais ta maligne Sophie, mais tu seras bien contente qu’on soit là quand il faudra clouer les soldats en face.
    • Allez, suis-moi.

    Mei suivi la rousse, de taille moyenne et à la peau claire parsemée de tâche de rousseur jusqu’à la tente du chef de section.

    • Soldat Wang Mei, 6ème du génie au rapport lieutenant Hargreeves.
    • Repos soldat.

    La voix de baryton venait un homme d’une quarantaine d’année, aux cheveux clairsemés sur le sommet du crâne et grisonnants sur les côtés. Il arborait deux barrettes sur son insigne, un lieutenant.

    • Je vois que vous avez déjà fait la connaissance du première classe Wagrovski. Vous travaillerez ensembles. Elle vous briefera rapidement sur les manœuvres prévues. Rassurez-vous, rien de bien compliqué, nous sommes dans l’armée de terre, il ne faudrait pas que les génies sous mes ordres se retrouvent perdus.
    • Oui, je crois avoir fait connaissance de certains membres de la section d’assaut.
    • Des spécimens éminents. Mais ne vous fiez pas aux apparences, ils sont plus vifs d’esprit qu’ils le laissent paraître, et efficaces, très efficaces.
    • Oui mon lieutenant.
    • Première classe, je vous laisse briefer le soldat Wang Mei, je dois finaliser les prochains mouvements.
    • Oui mon lieutenant, à vos ordres.

  18. #138
    Chapitre 19 : 4 Janvier 2052, frontière Mexique, banlieue de Monterrey

    Les heures qui suivirent virent des dizaines d’avions de combat survoler leur camp, se dirigeant vers la frontière. Le bruit des explosions lointaines résonnait en arrière-plan. Les vivats avaient été entendus lorsque les missiles nucléaires avaient été détruits en vol par les satellites de protection, éliminant la seule vraie source de danger que pouvait encore opposer la dictature. Puis, les ordres étaient tombés : ils devaient se mettre en marche pour commencer la guerre, la vraie, et envahir l’ennemi de toujours afin de venger les nombreuses morts qu’il avait causé, et dont Guerrero n’était que le dernier sinistre exemple en date.

    Mei vérifia une nouvelle fois l’état de charge des batteries de rechange de ses deux robots et les chargea dans le véhicule de transport dédié à cette opération. Elle vit les soldats monter dans les véhicules blindés en vue de leur déploiement dans un ballet maintes fois répété.

    Le trajet jusqu’à la frontière fut rapide, et sans encombre, jusqu’à ce qu’ils traversent le pont enjambant le Rio Grande pour rejoindre la ville frontalière de Roma. Ou tout du moins, ce qu’il en restait. Cette partie de la ville n’avait jamais été particulièrement développée, mais n’avait rien à voir avec le champ de ruine qu’elle était maintenant. Les bâtiments bas avaient été tout simplement rasés. Les casemates de gardes frontaliers étaient remplacées par des cratères fumants et les cahots sur la route s’étaient fortement accentués.

    • On va prendre le relai de la 3ème qui a bien souffert. On sera couvert par la 2nde blindée, qui ouvre la marche. Le terrain est un vrai champ de mines. Sans parler des snipers. C’est à croire qu’ils ont miné tout le désert de la frontière à San Antonio… fit le lieutenant Hargreeves. Wang Wei, vous allez avoir du boulot. Vos collègues ont commencé à dégager le chemin, l’artillerie a également nettoyé une partie des saloperies qu’ils ont enterrées là, mais il en reste encore beaucoup. A vous de jouer.
    • Oui mon lieutenant.

    Mei déploya sa console de commande et activa ses robots. Ceux-ci ressemblaient beaucoup à de petites voitures télécommandées, d’à peu près trente centimètres de haut, avec deux roues à l’avant et deux chenilles à l’arrière, ils pouvaient déployer une barre un mètre devant eux, équipée de chaine trainant au sol. Rustique, mais efficace pour faire exploser tous les engins antipersonnel. A l’arrière, le véhicule traçait une ligne blanche bourrée de nanoparticule pour être détectée par les casques des soldats quelques soient les conditions climatiques, et de nuit. Par ailleurs, il embarquait un sonar pour sonder le sol autour de lui et déterminer si des engins étaient présents. Si jamais un danger était identifié, il déployait une espèce de fouet, composé d’une lourde chaine en polymère pour frapper l’objet et le faire exploser.

    Et il ne fallu pas longtemps pour que retentissent les premières explosions. Les écrans de contrôle montraient un nombre hallucinant d’engins enterrés, de toute les tailles et, pour certains, à plus d’un mètre de profondeur.

    • Quelle saloperie… tonna le lieutenant. OK, ramenez vos robots, on va le faire à l’ancienne.

    Il activa son implant de communication :

    • QG ? on a besoin d’un barrage d’artillerie pour nettoyer la zone. Je vous communique les coordonnées. Ouais, c’est un véritable bordel, prévenez les gars et dites-leur que le terrain est un vrai champ de mines, au sens propre.

    Il se tourna vers Mei :

    • Ramenez vos petits, bombardement dans cinq minutes.

    Et cinq minutes plus tard, les sifflements caractéristiques des vieux obus à percussion se firent entendre. Puis la terre sembla se soulever par l’action combinée des bombes et des mines. Pendant trois minutes, les impacts se succédèrent sans discontinuer. Une heure plus tard, quand la poussière fut suffisamment retombée pour y voir quelque chose, le terrain sous les yeux de Mei avait changé du tout au tout : d’un désert de terre sèche et de cailloux très plat, il s’était transformé en un paysage lunaire.

    • Mon dieu, fit un soldat à ces côtés.
    • Mei, envoyez vos petits pour voir si le terrain est… praticable, dit le lieutenant.
    • La 2ème ne passera jamais un bordel pareil, ajouta un autre soldat.
    • En effet, ce sera notre job de nettoyer le secteur, et sans soutien blindé.

    Les robots commencèrent leur exploration du terrain plus qu’accidenté qu’était devenue la plaine qu’ils avaient traversée à peine deux heures plus tôt.

    • Alors, ça donne quoi ? demanda Hargreeves.
    • C’est beaucoup plus propre, je ne détecte pratiquement plus le moindre objet. En même temps, vu l’état du terrain, ça n’a rien de surprenant… lui répondit-elle.
    • Parfait, nous allons pouvoir commencer à avancer. 5ème section, hurla-t-il, départ pour les faubourgs de San Antonio dans quinze minutes.

    La compagnie se mit en branle à l’expiration du délai donné par le lieutenant. La progression fut lente et laborieuse et, malgré l’aide apportée par les armures, six heures furent nécessaires. De fait, ils n’attinrent les premières habitations qu’à la nuit tombée et durent se réfugier dans un bâtiment abandonné pour passer la nuit. Celle-ci fut calme, uniquement interrompue par quelques explosions lointaines et des échanges de tirs sporadiques. Au petit matin, la troupe commença l’exploration et le nettoyage de son secteur, le quartier de Spicewood.

    La zone représentait un rectangle d’un kilomètre et demi sur sept cents mètres, dans un style typiquement américain, avec ses maisons d’un étage possédant un petit jardin à l’avant et un espace similaire à l’arrière. La seule différence avec les sitcoms datant de l’époque où les USA gouvernaient l’espace culturel mondial était l’absence de voiture. Pas un seul véhicule dans aucune des allées, vide provoqué par la fuite de la majorité des civils de la future zone de guerre, et non, comme dans la plupart des pays européen, par l’abandon de ce mode de transport dans les villes.

    La matinée se passa sans encombre, et sans contact hostile, à explorer et sécuriser chaque maison rencontrée. Mei, qui n’avait pu garde qu’un seul de ses robots avec elle, fut surprise de ce qu’elle y vit. En effet, visiter ses maisons s’apparentait à arpenter les couloirs d’un musée présentant le mode de vie d’il y a vingt ans. Pratiquement aucun objet connecté. Un vieil écran plat géant ornait le salon. La plupart des jeunes soldats eurent beaucoup de mal à reconnaître l’utilité des boitiers qui étaient posés autour, notamment ce qui ressemblait à une console de jeu.

    • - Venez voir ce que j’ai trouvé ! cria l’un des hommes du bataillon. Un steak de bœuf, de la vraie viande ! Attendez, attendez, même pas d’insecte dedans, cent pourcent de viande de bœuf ! Ces barbares massacrent encore des animaux conscients pour se nourrir !

    Mei eu besoin de quelques secondes pour se rappeler qu’une bonne partie de l’Europe avait abandonné l’élevage des mammifères depuis plus de vingt ans, alors que les pays d’Asie n’avaient abandonné la pratique qu’avec la chute des astéroïdes, et encore, plus pour des considérations pratiques qu’éthiques : quand les céréales et l’eau pour nourrir les humais manquaient, comment justifier le gâchis que représentait l’élevage.

    D’autres trouvailles, comme des céréales avec des taux de sucre à devenir diabétique rien qu’en lisant l’emballage, ou des soupes de « légumes » contenant plus de colorant et d’édulcorant que de produits issus de l’agriculture, rythmèrent les visites des cuisines des bâtisses abandonnées.

    Les salles de bain furent également des sources d’étonnement, notamment pas l’absence de mécanismes d’économie d’eau, ou la présence de brosses à dent et de coton tiges, qui ne purent être identifiés que grâce à internet.
    Le passage sur la deuxième rue du lotissement vit les premiers contacts. L’affichage tête haute de l’armure de Mei s’illumina de messages d’alertes. Les équipes d’assauts et leurs armures lourdes se positionnèrent en première ligne et les tirs de suppression commencèrent.

    Pendant une heure trente, les échanges à longue distance se poursuivirent sans qu’un des camps parvienne à prendre l’avantage. Aucun blessé n’était à déplorer du coté des FTU, et les américains ne semblaient pas avoir subi de perte non plus. Et soudain, la position des ennemis disparut en une explosion de faible ampleur.

    • Qu’est-ce que c’était ? hurla l’un des membres de l’équipe d’assaut.
    • Certainement pas l’aviation, lui répondit le lieutenant, l’explosion était trop restreinte. On aurait dit des charges terrestres de faible intensité.
    • Comment ça ? Ils se seraient fait sauter ? Nous sommes les seuls dans le coin non ?
    • Allons voir. En formation tout le monde.

    Les deux cents mètres furent franchis en quelques minutes, l’équipe ne fut ralentie que par le temps nécessaire pour sécuriser l’avance. Une fois arrivé sur place, ils découvrirent une équipe des forces spéciales de l’ADUA qui les attendaient après avoir éliminé la menace.

    Des cadavres mutilés, les armures arrachées, déchiquetées, trainaient un peu partout à l’intérieur de la maison qui avait été fortifiée, vraisemblablement dans le seul objectif de ralentir les forces d’invasion. Une rapide discussion avec les soldats de la force d’élite leur apprirent qu’ils passaient par là par hasard quand ils avaient entendu les échanges de tir et avaient pris sur eux d’assister leurs alliés. Ils avaient pour ordre d’aider au nettoyage de San Antonio pour ensuite se diriger vers Houston et prendre le contrôle des anciennes installations de lancement de fusée, qui abritaient dorénavant un site d’armement. Après trente minutes de discussions, ils reprirent leur route et la 5ème recommença, plus précautionneusement, son exploration de sa zone.

  19. #139
    Après 15 jours de silence pour cause de déménagement, la suite !


    Chapitre 20, 12 Janvier 2052, USA


    Kamal se réveilla dans un lit d’hôpital dans une pièce qui ressemblait plus à une cellule qu’à un centre médicalisé. Des murs de béton nus, gris et d’apparence solide, sans la moindre fenêtre, ceignaient un sol de la même nature d’une surface de quelques mètres carrés. Probablement en sous-sol. Deux caméras couvraient efficacement l’intégralité de la surface de la pièce. Une unique porte, située en face de lui, lourde et visiblement blindée, était présente, seul accès vers l’extérieur. Et la liberté.

    A peine réveillé, son esprit de soldat reprenait le dessus et évaluait les options. Il était attaché par des sangles épaisses en cuir et ne pouvait pratiquement pas bouger. A priori, pas de solution pour s’en extraire. Lorsqu’il tenta de se mouvoir, son corps le rappela à l’ordre : il n’avait pas encore récupéré. Sa tête et ses reins étaient encore douloureux, conséquences de la déshydratation sévère qu’il avait subie.

    Ils avaient tenu neuf jours. Leurs rations de nourriture avaient tenu trois jours, l’eau deux. Ils avaient ensuite survécu en s’abreuvant dans les fontaines, leur permettant de tenir soixante-douze heures supplémentaires. Puis, les réserves dans les chasses d’eau avaient fourni vingt-quatre heures supplémentaires. A partir de là, ça avait été l’enfer. Après deux jours sans aucune goutte d’eau, ses camarades avaient commencé à tomber dans le coma. Ils avaient bien tenté de boire leur urine, mais il était déjà trop tard, celle-ci étaient trop concentrées et n’avait réussi qu’à les faire vomir, aggravant leur déshydratation. Kamal et ses camarades saoudiens, et leurs organismes plus habitués au manque d’eau, avaient tenu une journée de plus. Il n’était plus sûr de quand il avait perdu conscience, mais il se souvenait très bien des douleurs horribles qu’il avait ressenti, à la tête, mais aussi aux reins.

    Compte tenu de son état, il devait être là depuis quelques jours déjà, son corps semblait avoir en partie récupéré.

    La porte s’ouvrit sur un homme en blouse blanche, accompagné d’un soldat, un planton au vu du grade. Le premier homme l’examina rapidement, jeta un œil aux données issues de machines, puis hocha la tête en direction de la caméra dans le coin à gauche de Kamal. Probablement le signal pour commencer les interrogatoires.

    Quelques minutes après le départ du médecin, deux hommes entrèrent dans la pièce, validant l’intuition de Kamal. A peine réveillé, les choses sérieuses commençaient.

    Le premier homme était un militaire, colonel au vu de l’uniforme. Grand, cheveux bruns parsemés de blanc, et une carrure qui démontrait un entretien physique régulier : des épaules larges et un torse bombé.

    Le second était un costume-cravate, et, au vu de la coupe impeccable, très probablement un civil haut placé, ou un membre des services secrets, et sûrement celui qui dirigerait cet interrogatoire. Il était plutôt jeune, dans les trente, trente-cinq ans, dans les un mètre quatre-vingt, et lui aussi en bonne condition physique.

    • Bonjour lieutenant El Hariri, comment allez-vous ce matin ? Nous sommes ravis de voir que vous avez repris connaissance. Tout vos camarades n’ont malheureusement pas eu votre chance. Je me présente, je suis Michael, et, comme vous vous en doutez, je serai responsable de votre interrogatoire. Et voici le colonel Mc Kinsey, qui m’assistera dans cette tâche.

    Ce dernier hocha la tête à ces propos.

    Le ton était chaleureux, amical, mais les yeux de « Michael » disaient tout autre chose. C’étaient les yeux d’un homme habitué à voir des horreurs, et à les commettre, des yeux que Kamal avait croisés mainte fois, tant en Iran que dans les forces spéciales. Cet homme pourrait le torturer pendant des heures sans jamais se départir de son petit sourire amical et en posant des questions sur un ton toujours aussi cordial. Et, Kamal en était certain, il y prendrait du plaisir.

    • Bonjour. Je suppose que le médecin a donné son aval pour cet « interrogatoire ». Comment connaissez-vous mon nom ?
    • Disons que nous avons nos sources.

    Intéressant. Les soldats des forces spéciales n’emportaient aucun signe distinctif lors de leurs opérations, pour protéger des éventuelles répercussions sur leurs familles et leurs proches. Et pourtant, les amerlocques avaient réussis à l’identifier.

    • Je me doute de ce que vous êtes en train de vous demander, quand les tortures vont-elles commencer ? rassurez-vous, nous ne sommes pas là pour ça, continua-t-il.
    • Bah voyons. C’est vrai que vous avez une grande réputation de respect des droits de l’Hommes et des traités de Genève dans votre foutu pays. Je suppose d’ailleurs que l’armoire à glace qui vous accompagne est là pour m’apporter à manger et répondre à toutes mes demandes ?
    • Effectivement, mon pays a pu, par le passé, dépasser certaines bornes. Mais les lois ont changé, la torture est interdite officiellement.
    • Officiellement, ce qui veut tout dire… Nous savons tout les deux que vous n’êtes pas le gentil que vous tentez de laisser paraître.
    • Et nous savons tout les deux que vous non plus. Nous aurons tout le loisir d’évoquer la prison d’Evin et la section 209 lors de nos discussions.

    La prison d’Evin… il fut ramené vingt ans en arrière. Ses camarades et lui, après d’âpres combats, avaient réussi à mettre en déroute la garnison qui gardait ce lieu. Mais tous n’avaient pas réussi à s’échapper assez vite, et ils avaient fait une cinquantaine de prisonniers qu’ils avaient rassemblés dans la cour. Puis, ils avaient exploré le complexe pour débusquer les gardiens qui étaient probablement cachés à l’intérieur de la prison.

    Et ils avaient rencontré l’horreur.

    A l’époque, il était encore jeune, à peine seize ans, encore un enfant. Il avait entendu parler de la section 209, comme tout le monde en Iran, mais jamais il ne s’était attendu à de telles monstruosités.

    Ils étaient entrés dans le bâtiment, surveillant chaque recoin et se couvrant mutuellement pour éviter les tireurs embusqués. Puis, au détour d’un couloir aux murs bétonnés crasseux, comme le reste de l’édifice, ils avaient atteint les salles de torture. Sur des tables, plus proches de l’établi de boucher que d’un lit, des corps mutilés gisaient. Des hommes aux membres arrachés, émasculés, étaient étendus dans les coins de ces salles.

    Il entra dans la seconde pièce sur sa gauche. Le spectacle était identique aux deux premières salles, à la seule exception que c’était le corps d’une femme qui était étendu, nue. C’était la première fois que Kamal voyait une personne du sexe opposé sans vêtement, sans compter celles sur internet bien évidemment, mais il ne ressenti pas la moindre excitation, seulement une envie de vomir, tant à cause de l’odeur des corps en décomposition que de ce qu’il avait sous les yeux.

    La femme était attachée sur le dos, jambes et bras écartés. La table était couverte de sang, de plusieurs couches de sang à vrai dire, mais surtout de sang frais. Aux pieds de la table trainait, comme abandonnée là, une batte de baseball, sur laquelle étaient insérés ce qui ressemblait à des bouts de verre, il était difficile de les identifier avec précision car ils étaient recouverts de sang. C’est à ce moment qu’il comprit les horreurs qui avaient eu lieu ici, et les supplices qu’avait subis la pauvre femme. Il détacha ses bras et ses jambes et se mit à la recherche d’un drap pour la recouvrir.

    Elle toussa.

    Il sursauta à ce son, persuadé qu’il était d’avoir à faire à un cadavre. Il s’approcha de sa tête pour l’aider. Sa bouche bougea, mais il n’entendit pas ce qu’elle disait. Il dut pratiquement coller son oreille à sa bouche pour comprendre.

    • Tue-moi.

    Elle prononça ses mots dans un râle.

    • S’il te plait, tue-moi.

    Kamal recula d’un pas, sous le choc. Une main, à laquelle il manquait deux doigts, tous les ongles et de longues zones de peau, lui saisit le bras.

    • Je t’en supplie, tue-moi.

    Ses mots avaient franchi ses lèvres en un sanglot, et, en les achevant, elle se mit à tousser du sang.

    Il fut comme paralysé, tant par effroi que par l’indécision. Il n’avait jamais tué de sang-froid. Mais la femme le suppliait.

    Elle lui faisait pitié. Cela le frappa comme un coup en plein ventre. Il savait ce sentiment horrible, et être capable de le ressentir lui donna envie de vomir. Mais peu importe, cette chose qui fut une femme, avant d’être brisée et réduite à ce qu’elle était devenue, lui inspirait la pitié.

    Il prit son pistolet, une arme de poing qu’il avait fièrement acquis après la cérémonie d’intronisation. Une arme fournie par les services secrets européens. Il posa l’arme, en tremblant, sur le cœur de la femme, qui le regarda et lui sourit.

    • Merci.

    Il pressa la détente.

    Le claquement sec de l’arme le fit sursauter.

    Elle était morte le sourire aux lèvres.

    Quelques autres détonations se firent entendre et, lorsqu’il sortit de la pièce, il comprit en croisant le regard de ses camarades qu’il n’était pas le seul à avoir vu les conséquences des actes abominables qui avaient eu lieu ici.

    • Il faut faire payer ses salauds, lança un soldat qui ne devait pas avoir plus de quatre ans de plus que lui, il faut buter ses salopards jusqu’au dernier.
    • La mort est une punition trop douce pour ces monstres.

    Kamal se surprit à prononcer ses mots.

    Ils remontèrent dans la cour, et racontèrent à leur major ce qu’ils avaient vu. Ils virent le visage de celui-ci se décomposer. Kamal se souvint que le frère de leur chef avait disparu, il y a quelques années, a priori enlevé par les services secrets, et avait donc probablement atterri ici.

    • Amenez-moi des prisonniers de la section 209.

    Quelques minutes plus tard, cinq prisonniers, à peu près intacts, les rejoignirent.

    • Montrez-moi qui étaient les bourreaux de la section, les gardiens aussi.

    Les prisonniers désignèrent quatorze hommes et une femme. Le major leur ordonna de se mettre face au mur est de la cour.

    • Exécutez les autres.

    Des cris se mirent à retentir parmi les prisonniers, des supplications pour qu’on épargne leur vie. Kamal et ses camarades n’hésitèrent pas. Ils se dirigèrent vers les prisonniers et se mirent à les exécuter.

    • Je mérite mon sort, Dieu ait pitié de mon âme. Va en paix mon frère.

    Il fut surpris de la déclaration du prisonnier. Contrairement aux autres, il ne cria pas, ne se débâtit pas. Au contraire, il attendait, à genoux, mais droit, prêt à accueillir son sort. Cependant, l’hésitation fut de courte durée, il l’abattit d’une balle dans la nuque, comme les autres.

    • Que fait-on de ceux-là ? demanda Kamal.
    • Livrez-les aux prisonniers, qu’ils en fassent ce qu’ils veulent. Vous ne nous avez jamais vu, et avez profité des combats pour vous échapper. Vous vous êtes ensuite vengés de vos tortionnaires.

    Il se tourna vers les prisonniers, qui acquiescèrent, un sourire prédateur aux lèvres.


    • Je ne vois pas de quoi vous voulez parler, dit Kamal.
    • Bien sûr, les prisonniers ont profité des combats pour s’échapper et faire la peau aux salauds qui les avaient torturés.

    Michael prononça ces mots avec un petit sourire qui voulait tout dire de ce qu’il pensait de cette version.

    • Peu importe. Nous en rediscuterons demain, le docteur ne nous a autorisé que quelques minutes avec vous aujourd’hui. Au revoir, Kamal.

    Les deux hommes sortirent, et la porte se referma.

    Comment avaient-ils pu savoir ? Seuls ceux qui étaient présents ce jour là étaient au courant. Entre ça et leur connaissance sur qui il était, l’absence de la présidente à sa résidence principale, où elle séjournait pourtant pratiquement en permanence, le jour précis d’une opération ultra secrète, les services secrets américains étaient bien plus profondément intégrés à la structure militaire mondiale qu’ils ne le laissaient paraître. Les interrogatoires risquaient d’être bien plus précis et ciblés que ce qu’il avait espéré, et il serait bien plus compliqués de ne pas laisser filtrer d’informations.

  20. #140
    Chapitre 21 : 14 Janvier 2052, siège de l’ONU, Strasbourg, Europe

    L’amiral Seymos et le général Diallo avaient réuni un comité d’expert afin de discuter de la doctrine de la future flotte spatiale de la FTU. L’enjeu était de taille : personne n’avait la moindre idée de quels pourraient être les besoins et missions de la flotte, et, par conséquent, des solutions à y apporter. Ainsi, l’objectif était autant de déterminer ladite doctrine de la flotte que les rôles qu’elle aurait à accomplir et les difficultés qu’elle pourrait rencontrer. La réunion avait débuté depuis plus d’une heure et les débats n’avançaient pas, les intervenants étant occupés à imaginer tout ce qu’une intelligence extraterrestre pourrait avoir conçu comme armement. Les propositions allaient de gigantesques lasers capables de couper en deux un vaisseau comme du beurre, à des vaisseaux invisibles capable de replier l’espace-temps sur des distances de quelque millions de kilomètres.

    • La vraie question est : est-ce que d’autres formes de vie existent ? Et, le corolaire, est-ce que l’on doit prévoir une flotte pour lutter contre d’hypothétiques aliens ou juste capable de lutter contre des menaces que nous connaissons. Et franchement, je penche fortement pour la seconde option, qui a le mérite d’éviter de tenter d’imaginer tout ce que la galaxie pourrait bien nous réserver, fit le général.
    • Je propose de commencer par lister tous les armements à notre disposition, leur mode d’utilisation, puis de réfléchir aux contres existants, renchéri un amiral Seymos qui n’en pouvait visiblement plus de ces discussion stériles. Quelles sont les options ?
    • Nous avons trois possibilités : les missiles, les gauss et les railguns. Les premiers permettent d’attaquer des cibles à grande distance, plusieurs millions de kilomètres, mais peuvent être interceptés et nécessitent la mise en place d’un circuit logistique complet. Les gauss sont tout à l’opposé : très courte distance mais peuvent embarquer des quantités de munition virtuellement infinies. Le railgun fonctionne à peu près sur le même principe, mais possède une plus grande portée, de l’ordre de quelques dizaines de milliers de kilomètres, et des projectiles plus lourds et puissants, au détriment d’une cadence de tir moindre, répondit l’un des experts en armement.
    • Je ne comprends pas, ce sont des armes à projectiles, elles sont donc censées avoir une portée infinie non ? demanda l’amiral.
    • Oui, en théorie, cependant, il faut garder à l’esprit qu’il s’agit d’atteindre une cible de quelques centaines de mètre, au maximum, à des distances immenses. De fait, pour atteindre une cible d’un kilomètre de diamètre à cinquante mille kilomètres, il faut une précision de l’ordre de dix microns en sortie. Déjà qu’en étant immobile il est difficile d’atteindre de telle valeur, mais si on ajoute que la cible et le tireur sont en mouvement… même un tir de saturation aura de grande chance d’encadrer la cible sans l’atteindre. Ainsi, la limite de portée représente en réalité la limite de précision de nos armements. Il va falloir faire de grand progrès en informatique, pour le calcul de trajectoire, et dans la construction de nos systèmes d’armement, pour limiter les déviations en sortie de canon, répondit l’expert.
    • Les gauss, continua-t-il après une courte pause, pourraient être envisagés comme un armement défensif, à même de détruire les missiles en approche. Les railguns auraient un rôle un peu plus batard, probablement pour des engagements où la distance est de facto faible, comme pour défendre la sortie d’un point de saut. Et concernant les missiles… ils pourront remplir tous les rôles, défensif pour l’interception de missiles adverses, et offensifs pour attaquer les vaisseaux.
    • Oui, cette technologie de missile anti-missile est déjà utilisée sur Terre depuis des décennies, et son efficacité a été prouvée, mais son coût également, et les problématiques de logistique inhérentes, fit le Général. Je pense effectivement que l’utilisation de gauss est la meilleure option pour à la fois éviter un dévissement des coûts et simplifier la logistique. Par ailleurs, pour des raisons d’optimisation, il faudrait limiter le nombre de missiles différents, afin d’uniformiser la taille des lanceurs et des magazines. Et pour les railguns, effectivement, je pense qu’ils seront cantonnés à des rôles défensifs.
    • Très bien, fit l’amiral, nous avons nos systèmes d’armement, mais il faut réfléchir au châssis sur lesquels les monter. Je serai partisan de conserver les nomenclatures actuelles, ne serait-ce que pour simplifier la vie à tout le monde et ne pas réapprendre tout un nouveau jargon. Des corvettes, bâtiments très légers destinés à des opérations de police principalement, ou des raids sur des vaisseaux peu ou pas armés, des frégates, plus lourdes, destinées à patrouiller dans les secteurs conquis pour détruire tout raid ennemi. Ensuite, les « vrais » vaisseaux de guerre : des destroyers, soit équipés de gauss pour la protection anti-missile, soit de lanceurs de missiles pour appuyer le feu des bâtiments plus lourds. Nous aurions aussi des croiseurs, vaisseaux polyvalents capable d’opérer seul ou en binômes sur de grande distance sans ravitaillement, et parés à toutes les éventualités. Enfin, pour conclure avec les bâtiments armés, des vaisseaux de bataille, lourdement blindés et armés et destinés à provoquer des dégâts importants tout en encaissant les coups.
    • Pas de porte-avions ? demanda le Général.
    • Si, un modèle léger, de la taille d’un croiseur, et un modèle lourd, de la taille d’un vaisseau de ligne. Ces bâtiments auront aussi pour fonction de réapprovisionner la flotte, en partie. Et pour les équiper, des chasseurs, armés de gauss, et des bombardiers, équipés de lance-missiles, répondit Boris Seymos.
    • Je vois que vous avez fait vos devoirs, le tança avec un sourire le général Diallo. Qu’en pensent nos experts ?
    • Ça semble pertinent, et correspond à nos travaux préliminaires en effet, répondit l’un des intéressés. Rien de très original par rapport à ce que l’on connait, mais cela à l’avantage d’être facilement assimilable par les marins comme les formateurs. Reste la question de la nomenclature…
    • Comment ça, demanda l’amiral ?
    • Il faut choisir des noms qui parlent à tous mais qui ne risquent pas de choquer quelqu’un. En gros, il faut une nomenclature qui ne risque pas de provoquer d’incident diplomatique et où tout le monde se sente représenté, répondit le général Diallo.
    • Pourquoi pas des noms de ville ? proposa l’un des experts.
    • Non, trop risqué, comme je viens de le dire, il faut des noms qui ne risquent pas de provoquer des discussions interminables… non, pas de villes, de pays, de fleuves ou autre.
    • Des noms d’animaux ? risqua Boris Seymos.
    • Très bonne idée amiral, au moins, pas de risques que nos chers politiciens trouvent à s’écharper là-dessus ! Et où en sommes-nous au niveau de la recherche ?
    • Les recherches avancent bien, répondit Ernest Magator, le ministre des sciences. Des progrès ont été réalisés pour de nouvelles technologies de moteur, mais ils ne rentreront pas en service avant des années. La recherche militaire est très limitée, comme vous l’imaginez, la majeure partie des ressources sont attribuées aux technologies civiles, où de nombreuses avancées ont été réalisées. Les nouvelles navettes de transport seront très utiles pour accélérer la colonisation d’Esperanza par exemple. Nous avons toutefois déloqué quelques technologies de gauss et de missile. L’Adonis a été développé et sa production a déjà commencé : un missile de vingt-cinq tonnes, volant à dix mille kilomètres par secondes et capable de percer quatre couches de blindage. De quoi équiper vos vaisseaux de guerre. Le lanceur adéquat a également été conçu. Pour le reste, je crains que vous ne bénéficiiez que des restes des financements de recherche tant que la situation humanitaire ne se sera pas améliorée.
    • Merci, lui répondit le Général. Je vous propose de partir là-dessus. Seymos, vous me soumettrez une liste de noms pour les différentes classes de vaisseaux. Magator, nous vous ferons parvenir une liste de recherche prioritaire, afin que vos scientifiques puissent utiliser les maigres ressources qui nous seront allouées au mieux. Messieurs, bonne fin de journée à tous.

  21. #141
    Chapitre 22 : 15 Janvier 2052, Siège de l’ONU, Strasbourg, Europe

    Linda avait rendez-vous avec Viktor pour discuter environnement. Elle pressentait déjà le mal de crâne poindre rien qu’à l’idée de se confronter au ministre, d’autant que le message accompagnant sa demande de rencontre était très incisif, portant sur la « protection d’une planète sauvage » contre « l’impérialisme économique et industriel ». Même si elle partageait une partie de ses idées, elle ne pouvait s’empêcher de trouver le bonhomme désagréable au possible. Et de ne pas lui faire confiance. Il avait déjà prouvé par le passé qu’il n’était pas possible de compter sur lui pour garder le silence.

    • Bonjour Viktor, je vois que vous êtes déjà installés. Merci Charlie.

    Le majordome posa un plateau comprenant du café et quelques gâteaux puis s’éclipsa.

    • Je vous écoute, vous souhaitiez discuter de notre nouvelle colonie, continua la présidente.
    • Oui madame, en effet, et plus particulièrement, des options qui s’offrent à nous pour ne pas reproduire les erreurs que nous avons commises ici. Nous avons la chance d’avoir une seconde chance, ne la gâchons pas.
    • Je suis d’accord, et je suis certaine que vous êtes venu me voir avec des propositions et des solutions pour que cela n’arrive pas.
    • Effectivement. Mes amis du think thank Terra Bella et moi avons beaucoup réfléchi à cette nouvelle opportunité qui est donnée à notre espèce et avons quelques idées qui, je l’espère, pourront vous aider dans la lourde tâche qu’est la vôtre : fonder la première colonie extrasolaire de l’humanité.
    • Très bien, je vous écoute, fit-elle en prenant une tasse de café, que refusa poliment Viktor.
    • Tout d’abord, nous sommes tout à fait conscients de l’enjeu, et il ne s’agit pas de pinailler sur des détails sans importances. De même, nous savons que la priorité numéro un est de sauver un maximum de monde.

    Linda attendit le mais.

    • Cependant, nous pensons également qu’il est vital de protéger au mieux les espèces endémiques d’Esperanza. Nous savons tous quels ravages nos colonisations ici-même ont pu produire sur des espèces non adaptées à celles que nous avons introduites, volontairement ou involontairement. Je ne vous rappelle pas le désastre écologique qu’est devenu l’invasion de lapins en Australie, et ce, malgré une politique volontariste pour lutter contre le fléau.
    • De fait, nous souhaitions tout d’abord attirer votre attention sur les risques liés à l’importation d’espèces invasives, comme les rats, ou les insectes, et espérons que toutes les mesures nécessaires ont été prises pour éviter toute contamination dramatique de ces nouveaux écosystèmes.
    • Je vous rassure, fit-elle, nous avons mis en place des contrôles drastiques pour éviter ces phénomènes, et ils seront maintenus lorsque la phase de colonisation aura débuté.
    • Très bien, très bien. C’est un bon début. L’autre enjeu, concerne la destruction des espaces naturels, qui va naturellement aller de pair avec l’expansion de la colonie. Il serait crucial, dès à présent, de sanctuariser des espaces, afin d’en faire des réserves naturelles, pour protéger un maximum d’espèces. Par ailleurs, des lois énergiques pour lutter contre le braconnage devront accompagner la création de ces parcs.

    En écoutant le ministre, Linda ne put que se désoler de ses propos. Était-ce là tout ce qu’il avait à proposer ? La création de parcs naturels ? Elle commençait à s’agacer de ces écologistes de pacotille qui n’avaient rien d’innovant à proposer sinon se plaindre de ce qui était mis en place. Merde, c’était tout ce dont était capable ce soi-disant think thank ? Pas de proposition de vie symbiotique avec ce nouvel environnement ? De quartiers intégrant la nature et se construisant autour ? Et pitié, de vrais écoquartiers, pas ces pathétiques simulacres qui avaient fleuris dans toutes les villes de la Terre. Non, des lieux de vie qui intègreraient intrinsèquement la nature présente et se développeraient autour de ceux-ci, en leur laissant la place de s’épanouir. Bien sûr, il allait être difficile de cohabiter avec les gros scara-buffles qu’elle avait pu observer sur les vidéos, mais les plus petites espèces pourraient très bien vivre dans des parcs dans lesquels les habitations s’imbriqueraient.

    • Par ailleurs, nous voulons attirer votre attention sur la pollution. Il sera vital d’imaginer des solutions de traitement des déchets, et je parle de vraies solutions, pas uniquement de les enterrer ou de les brûler, mais d’imaginer comment les recycler. Il faudra dès le départ mettre en place des solutions de tri pour optimiser la récupération des déchets.

    Là encore, que du remâché. Linda regarda son ministre et eu pitié de lui. Le jeune homme imaginatif et volontaire qui avait animé des manifestations pour améliorer la situation environnementale, qui avait fait bouger les gouvernements par ses propositions énergiques et novatrices, n’était plus que l’ombre de lui-même. Comme si l’accession au pouvoir lui avait ôté toute imagination, toute velléité de changement. Elle se posa la question : était-ce de sa faute ? L’avait-elle « castré » à force de s’agacer de ses remarques ? Avait-il fini par se résigner devant sa présidente ? Pouvait-elle être responsable de cet ersatz de militant ?

    Elle tenta de lui tendre la main, pour une fois, afin de voir si l’homme qui l’avait impressionnée par ses prises de positions existait toujours chez le ministre :

    • Vous parlez de recyclage, mais, quitte à partir d’une feuille blanche, pourquoi ne pas réimaginer complètement l’industrie ? Nous pourrions légiférer pour imposer que tout produit manufacturé soit conçu pour être entièrement recyclable. De même, seules les matières issues de sources renouvelables seraient autorisées, et encore, à condition qu’elles puissent garantir la récupération et la réutilisation du produit final.
    • Nous pourrions aussi imposer des durées de vie les plus longues possibles. Fini les collant qui filent à la moindre accroche. Fini les vêtements qui se détériorent après deux mois. Out les machines qui tombent en pannes deux semaines après la fin de leur garantie. Interdites les nanoparticules de plastiques intégrées partout pour réduire les coûts de fabrication tout en améliorant les propriétés physiques des produits.

    Elle vit le visage de son ministre s’affaisser, elle vit l’homme se ratatiner sur son siège, produisant l’effet inverse que ce qu’elle avait escompté. Elle continua malgré tout :

    • Je… Je… Je ne pensais pas que vous étiez aussi sensibles aux enjeux environnementaux… répondit un Viktor tout penaud.

    Linda continua sur sa lancée :

    • Et puis, nous parlons d’environnement, mais il faudrait aussi en profiter pour revoir l’organisation sociale de ce nouveau monde, afin de réduire les inégalités flagrantes qui pourrissent notre Terre. Lutter contre la corruption de manière efficace. S’assurer d’une presse libre et qui aurait autre chose en tête que laver le cerveau de nos concitoyens pour leur faire avaler des publicités à en vomir. La publicité, tenez, la faire disparaître.
    • Et, en parlant des inégalités, lutter contre les plafonds de verre qui parsèment notre société, qui font que si vous ne portez pas le bon nom, ou êtes nés à la mauvaise place, ou du mauvais sexe, vos espérances d’améliorer votre niveau de vie par rapport à celui de vos parents sont inexistantes. S’assurer d’une société réellement méritocratique. Mettre fin aux oligarchies, au règne de quelques puissants qui profitent d’une masse de travailleurs appauvris. Abattre les dynasties régnantes qui installent leurs rejetons, souvent bien moins talentueux que leurs ainés, à la tête des plus grandes entreprises.

    Viktor restait interdit sur son fauteuil, incapable de dire quoi que ce soit.

    • Et enfin, restaurer nos démocraties, que les élections soient de vrais débats d’idées et pas seulement une mascarade où les attaques personnelles prennent le pas sur les programmes politiques.

    Elle se rassit. Elle ne s’était même pas rendu compte qu’elle s’était levée, emportée dans son élan. Elle se força à poser ses deux paumes de main bien à plat sur le bureau et à prendre une grande inspiration. Viktor n’avait, quant à lui, pas bougé. Il était figé sur son fauteuil.

    • Qu’en pensez-vous ? Vous croyez que vous pourriez nous construire un programme de développement autour de ces idées ? lui demanda-t-elle.
    • Ou..Oui, je pense, bredouilla-t-il. Il va nous falloir un peu de temps, mais nous devrions pouvoir vous fournir une première ébauche sous quelques semaines, et développer des propositions à soumettre au congrès avant le départ des premières navettes de colons.

    L’homme reprenait des couleurs, et parlait avec plus de vigueur, même s’il ne restait qu’une pâle copie du militant d’autre fois.

    • Merci Madame pour ce rendez-vous. Oui, nous allons réfléchir à tout ça. Quelles sont les limites ?
    • En dehors de ne pas limiter ou retarder les navettes de colons, aucune.
    • Parfait. Au revoir Linda.


    Il se leva et parti d’un pas vif et, il sembla à Linda, un peu plus assuré que lorsqu’il était entré.

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