Crunchez vos adresses URL
|
Calculez la conso électrique de votre PC
|
Hébergez vos photos
Affichage des résultats 1 à 6 sur 6
  1. #1
    Le Joyau Vert des Garamantes


    Sommaire




    Chapitre 0 : Le dernier Nafusi
    Chapitre 1 : La Terre Promise



    Introduction

    Bienvenue, bienvenue ! Installez-vous confortablement dans votre fauteuil, pavé en approche.

    Cette AAR (After Action Report) est un projet qui me tient à cœur depuis déjà quelques temps. Comme d'habitude, je commence une partie sans a-priori et la magie du jeu opère : le monde prend une tournure tellement géniale que je ne peux pas m'empêcher de projeter un récit dessus. Le temps d'arriver à la période désirée m'a pris un certain temps, mais me voilà enfin ! Généralement, ce genre de récits se fait sur le forum de Paradox Interactives, mais j'ai également voulu le faire ici pour deux raisons :
    - J'ai raconté la situation de ma partie sur le topic du jeu sur Canard PC, qui a apparemment eu le mérite d'attiser l'attention de certains. J'espère que l'AAR leur plaira, et qu'elle plaira aussi à ceux qui découvre ma partie sur ce topic !
    - Je ne suis pas à mon premier coup sur des AAR de CK2. Écrire en français, ça fait aussi du bien

    Mais indécis comme je suis, je voulais aussi écrire sur le forum de Paradox Interactives, ce qui fait que :
    - Pour X ou Y raisons, vous préférez lire en anglais, ça se passe ici (traduction garantie fait maison, mais pas garantie qualité)
    - Parce que faire les images en français et anglais est impossible, j'ai fait le choix de mettre laisser les images en anglais pour que le maximum de personnes puissent comprendre. Normalement, les images restent présentes pour illustrer l'histoire, ne pas pouvoir comprendre le texte ne devrait pas être handicapant pour comprendre l'intrigue. Si c'est le cas, dîtes-le moi et je sous-titrerai les images. En attendant, par défaut, je laisse en l'état car...
    - Je m'en suis rendu compte en le faisant, mais la traduction, c'est looooong. Pour vous donner un ordre d'idée, j'ai mis 3 heures à traduire le chapitre 0. C'est le prix de à payer pour tout traduire soi-même. J'espère qu'avec le temps, je prendrai le pli et que j'irai plus vite

    Ce qui m'amène au rythme des publications (quelle fluidité des transitions, je m'époustoufle moi-même !). Si je récap', j'ai :
    - Une histoire à rédiger (sachant que je prend une optique narrative, c'est-à-dire point de vue des personnages plutôt que celui du joueur)
    - La-dite histoire à traduire (et que je publierai en même temps que la version française)
    - Un emploi du temps qui ne me laisse qu'une partie du week-end pour tout faire
    - Une tendance perfectionniste sur ce projet qui me dévore ce faible temps
    Autrement dit, ça ne sera pas votre journal quotidien. L'objectif que je me fixe actuellement est de sortir un chapitre par semaine, au moins au début, en essayant de profiter des vacances pour me constituer un petit stock de chapitres.
    Mouais, plus probable que ça parte vite en vrilles avec des publications sporadiques et hasardeuses. Mais j'essayerai !

    Concernant l'AAR en elle-même : sur ma précédente AAR (dans l'univers du Trône de Fer), j'avais choisi un point de vue omniscient. Pratique, ça me permet d'écrire assez vite et de faire défiler les années. Sauf que l'écriture devient avec le temps assez mécanique et l'histoire perd de sa saveur, au moins en partie. Donc je prend ici une optique plus narrative, centrée autour des personnages (et pas qu'un seul !). Ça demande forcément plus de temps. Le décalage entre l'histoire et les événements en jeu est réel et l'on ne peut pas faire n'importe quoi avec. Je dois réfléchir à comment s'imbriquent les personnages et les événements pour former un tout assez cohérent pour être agréable à lire, avec un début et une fin. Et ça aussi, ça me prend du temps.

    Je n'ai pas vu de récits narratifs comme je compte le faire ici sur Canard PC, alors je prend mes précautions (car je ne sais pas comment réagira la modération) : ce récit est, comme vous allez très vite vous en rendre compte , une fiction. Concernant l'écriture, je tente de rendre mon récit crédible / vraisemblable. Donc je tente de faire transpirer dans l'écriture l'ambiance et les façons de penser des individus de l'époque de ces écrits. Le monde du VIIe siècle était un monde violent, bien loin du politiquement correct d'aujourd'hui.
    Bien que je pense rester soft dans mes écrits, il y aura des morts violentes (Antiquité Tardive oblige) et de l'inceste (Pharon oblige). Je vous rassure, les habitués de Crusader Kings ne seront pas dépaysés. Et puisqu'on ne s'arrête pas en si bon chemin, on fera également mention de massacres ethniques, plus communément appelés génocides.
    Je le redis et je le répète, c'est de la fiction. Je ne cautionne pas ces comportements, et bien au contraire, j'espère que la fiction permettra aux lecteurs une mise à distance de ces faits et leur permettront d'apprécier l'histoire (voir, soyons fou, de réfléchir sur ces notions. Mais je n'ai ni le talent, ni l'ambition d'atteindre ce but).
    J'espère que ce paragraphe, à défaut d'hérisser le poil des anti-SJW, dissipera tout malentendu.

    Concernant l'orthographe, malgré relecture et correction automatique, les fautes se glissent toujours dans le texte, n'hésitez pas à m'en informer si vous en voyez. J'espère que la forme du texte sera également agréable à lire, je suis loin d'être un écrivain expérimenté.

    Et avant d'enfin passer à l'histoire en elle-même, quelques petites précisions sur le jeu en lui-même :
    - Le jeu n'est pas en version classique / vanilla. J'utilise au doux nom de WTWSMS qui me fait commencer en 476, attaque d'Odoacre sur l'Empire Romain d'Occident
    - J'utilise les commandes de console. Posez-moi ces fourches, que je m'explique : je pense (et encore davantage dans le cadre d'AAR narrative) qu'il est important de pouvoir laisser au joueur l'occasion de modifier une situation pour coller à l'histoire si la situation avec le jeu diverge trop, ou pour une raison proche. L'utilisation n'est donc pas gratuite : elle se fait dans le cadre de l'AAR
    Et la liste des mods utilisés pour ceux intéressés (et oui, le jeu est stable avec) :
    - WTWSMS
    - WTWSMS Portraits
    - A Revolutionary Borders mod
    - A Revolutionary Map Font
    - A Revolutionary Water mod
    - A Transparent Map mod
    - Battle Captives
    - Bigger Interface
    - Choose your First Wife
    - Decisive Battles
    - Exclave Independance
    - Fitna Fracture
    - Merciless Ruler
    - Your Personal Castle
    - Rich Childhood
    - Friendly NAP
    - Genocide
    - Enhanced Warfare
    - Title Manage
    - Sketchy Cheat Menu
    - Friendly Non-Agression Pacts
    Tous (sauf peut-être WTWSMS) peuvent être trouvés dans le workshop de Steam. À noter que ma version est légèrement différente, dû à mes petites modifications occasionnelles.

    Et sans plus de bla-bla, bienvenue dans ce monde de fous !
    Dernière modification par Ixarys ; 15/02/2019 à 15h10.

  2. #2
    Chapitre 0 : Le dernier Nafusi

    Arzeila, capitale du royaume d'Al-Maghrib, 13 Juillet 607




    Les foules militaires avaient le mérite de se ranger lorsque l'on hurlait des ordres. Celles civiles ne valaient pas mieux qu'un gigantesque troupeau de dromadaires. Arzeila, par-dessus le marché, était une ville pleine à craquer. Non seulement à cause de sa position commerciale avantageuse entre l'Hispanie et l'Afrique du Nord, mais par les troubles des pays environnants. Au nord, les chrétiens ariens et nicéens s’entretuaient sans retenue depuis que les Wisigoths s'étaient évanouis dans les Pyrénées, abandonnant leurs sujets et tout espoir de réconciliation entre les deux croyances. Au sud, les rois gétules s'écharpaient. Désormais, deux Gétulies cohabitaient, chacune se considérant plus légitime que l'autre, bien entendu.
    Les réfugiés étaient visibles partout, effectuant la manche ou des petits boulots, quand ils n'attendaient tout simplement pas que le temps passe. Al-Maghrib était peut-être dirigé par un gamin, il n'en restait pas moins plus stable que la plupart des autres états de la région.




    Dans le cadre de sa mission, Masinissa suivait l'un de ces travailleurs multi-tâches, un paysan des campagnes proches à l'accent à couper au couteau.

    - Comment êtes-vous certain que ce soit lui ? lança-t-il.
    - La description de vot' gaillard lui correspond farpaitement.
    - Parfaitement.
    - Hein ?
    - Rien.

    Accompagné d'une dizaine de soldats, le guide le conduisit jusqu'à une petite masure en briques, similaire à toutes les autres de la ruelle. Le paysan pointa du doigt l'ouverture qui servait d'entrée.

    -Vot' type est ici.

    Sans plus de cérémonies, il détala. Masinissa se glissa dans la maison. Comme promis, l'homme était à l'intérieur. La présence d'une femme à ses côtés était plus surprenante.
    L'homme, qui n'avait pas l'air local malgré son âge, se retourna vers lui. Masinissa nota qu'il n’était pas le moins du monde surpris.

    - Ilatig d'Azruwa ?




    Hochant la tête, le vieil homme s'avança vers lui pendant que les hommes de Masinissa se déployaient dans la pièce.

    - Vous savez pourquoi nous sommes-là.
    - Vous n'étiez même pas né quand j'ai dû m'exiler. C'était un massacre organisé. Vos seigneurs ont tout fait pour rayer mon peuple de la surface du monde !
    - À raison. Et que les dieux soient loué, cette tâche va prendre fin ici et maintenant.

    Ilatig le regarda droit dans les yeux. Son calme et sa détermination étaient admirable, malgré le fait qu'il soit Nafusi. La femme derrière lui s'agita davantage.

    - Je suis la princesse Basil Sifaksid, soeur du roi Izdârasen de Gétulie et parente d'Ides, roi de ce pays ! Quittez ces lieux immédiatement !




    Elle avait peur, c'était évident. Mais sa voix était si autoritaire ! Les soldats autour de Masinissa hésitèrent devant une telle démonstration. Pas lui.

    - Basil, fit Ilatig en se tournant vers elle. Je...
    - Il est dommage, coupa Masinissa, qui perdait patience, que mes ordres passent au-dessus des vôtres, princesse.

    Les yeux de la princesse s'agrandirent. Les hommes assez puissants pour faire fi d'un incident diplomatique avec une femme de son rang se comptait sur les doigts d'une seule main. À fortiori en Afrique du Nord.
    Masinissa saisit un parchemin que lui tendait l'un de ses soldats, puis le déroula sous les yeux d'Ilatig et de Basil.

    - [I]Ilatig d'Azruwa, vous êtes accusé d'avoir participé à des actes séditieux, meurtres de représentants de l'Aai-Pharaon, meurtres de parents de l'Aai-Pharaon et de félonie. Pour faire partie de la misérable caste des Nafusi, fait acte de vénération envers le faux dieu Sol Invictus, continua Masinissa en crachant le nom de la divinité, et d'avoir, en fuyant le jugement de l'Aai-Pharaon, représentant d'Horus sur le monde, fuit par conséquent le jugement des dieux, termina-t-il, la sentence est la mort, séance tenante.

    Basil poussa un hurlement, si sonore qu'il fut sûrement entendu à travers les quartiers alentours. La garde tarderait pas à arriver. Imitant Masinissa, les soldats dégainèrent leurs armes et se dirigèrent vers le couple. Deux hommes maîtrisèrent rapidement la princesse et tentèrent de la bâillonner, tandis qu'Ilatig tira à son tour une épée.
    Masinissa désarma sans mal le vieillard, qui tenait d'une main tremblante et peu assurée son arme. À l'aide d'un coup de poing et de trois autres de ses hommes de main, le Nafusi se retrouva à genou devant Masinissa, sonné.

    - Que la balance du Maât te soit favorable, Nafusi, incanta Masinissa.

    Il perfora Ilatig par la clavicule, faisant ressortir sa lame dans son flanc droit. Le corps s'effondra après une secousse. La princesse n'en cria que plus fort. Masinissa rengaina. C'était fini. Oublié, les massacres de Taqseft, Temeddit et Azruwa. Oublié, les colonnes infernales des garamantes, les actes innommables dans les villages nafusis. Leur dernier témoin se vidait de son sang sous les yeux de Masinissa.
    Les deux soldats, maîtrisant toujours à grand mal la princesse, lui jetèrent un regard interrogateur sur les ordres à suivre.

    - Pas de témoin, ordonna-t-il en effectuant un vague geste.

    Immédiatement après, la princesse s'écroula à son tour, un nouveau sourire rouge autour de sa délicate gorge.




    - Brûlez la pièce. D’abord les corps.
    - Commandant, que fait-on de l'enfant ?
    - L'enfant ?




    Dans un cageot, à côté du guerrier, se tenait effectivement un nouveau-né. Le petit renvoya à Masinissa un regard profond et scrutateur.

    - Qu'on l’emmène, annonça-t-il après quelques secondes d'hésitation.

    Quelques dizaines de minutes plus tard, le petit groupe de Masinissa galopait vigoureusement, tandis qu'un incendie se déclarait dans la ville. Les réfugiés seraient à la fois les premières victimes et les boucs-émissaires de cette catastrophe.




    -------------------------------------------------
    Swarty de l'Est, capitale de l'Empire Garamante, 26 Août 607





    Source : https://www.deviantart.com/lathander...asis-347065428

    Swarty de l'Est, plus communément appelé Csi-Swarty par ses habitants, était le vrai joyau du désert saharien. Masinissa pouvait déjà voir depuis sa position dans la caravane ses épaisses murailles de grès, entourant une ville d’une taille digne d’un empire. On voyait d’ici l’énorme palais des Azûlay, la dynastie régnante. On estimait à plus de 400 les courtisans ayant de près ou de loin un lien de parenté avec l’Aai-Pharaon.
    Dans et autour de la ville, de larges aqueducs traversaient le désert, se divisant pour alimenter les fontaines de la ville et le lac devant le palais. Pour Masinissa comme pour tout autre garamante, la vue de ces larges canaux le gonflait de fierté : depuis des siècles, son peuple vivait au beau milieu du Sahara grâce à eux. Ils étaient soigneusement entretenus et leur solidité n’avait rien à envier à ceux des Romains. Hélas, le désert progressait chaque année davantage et la quantité d'eau apportée par les aqueducs diminuait en parallèle...

    En sa qualité de commandant, Masinissa fut immédiatement reconnu par les gardes et entra facilement dans la ville. Une escouade de cavaliers lourds l’encadra dès son arrivée pour l’amener jusqu’au palais. Ces membres de la Garde Pharaonique, qui chevauchaient des chameaux au caparaçon en métal, constituaient avant tout une source de fierté pour l’armée garamante et un symbole de la puissance et de la prospérité sous les Azûlay. Aucun autre monarque de la région n’était capable d’aligner plus de 150 cavaliers lourds.

    Il fut reçu en grandes pompes dans une large salle fastueusement décorée, dont les nombreuses ouvertures laissaient passer la lumière. Il reconnût immédiatement les deux individus qui l’attendait.




    À sa gauche, Tagwilalt Azûlay, demi-sœur et Sesemut de l’Aai-Pharaon, en charge de toutes les questions militaires de l’empire. Masinissa avait été le premier surpris par la nomination d’une femme à ce poste, dont les premières années ne s’étaient d’ailleurs pas écoulées sans difficulté. C’était sans compter le lien fort entre elle et son demi-frère au pouvoir, ainsi que le caractère bien trempé de Tagwilalt, qui, doublé de ses talents militaires indéniables, avait mis au pas tous les soldats de la capitale, quel que soit leur grade et leur rang. Masinissa, prêt à lui donner sa chance, l’avait vite apprécié : leur dévotion commune à l’Aai-Pharaon, leur franc-parler, le souci d’intégrité face à leurs devoirs rendait sa compagnie agréable.
    Le personnage à sa droite lui était bien moins sympathique et pour cause : le Pharaon Afer de Touarègie était Maître-Espion de l’empire. Si sa loyauté et la qualité de son travail ne faisait aucun doute, son manque de foi, sa vanité évidente et sa passion malsaine pour la souffrance le rendait détestable aux yeux de Masinissa.

    - Masinissa, l'accueillit Tagwilalt, Je suis heureuse de vous revoir.
    - Plaisir partagé, Sesemut.
    - La mission est-elle accomplie ? interrompit Afer, excédé par l'échange de politesses (et plus probablement du fait de ne pas être le centre de l'attention).
    - Oui Pharaon. L'incendie s'est chargé de nettoyer les traces.
    - Alors le dernier Nafusi a été exécuté, songea le Pharaon. J'espère que ce chien a souffert.

    Masinissa ne releva pas la remarque, laissant le silence s'installer au sein du trio.

    - Qui est cet enfant qui attend dans les bras d'une servante devant le palais ? relança Afer.

    Oui, Afer méritait son poste de Maître-Espion.

    - Je suis resté sur place pendant deux ans, seigneur. J’ai eu le temps et l’occasion d’avoir des enfants. Ce petit est né quelques jours avant la fin de ma mission.
    - Il n'était pas nécessaire de le ramener avec vous.
    - Seigneur, je vais sur mes 40 ans, commença le commandant. Je n'ai toujours pas de femme, ni d'enfants légitimes. Je veux avoir une descendance.

    Afer hocha la tête. Masinissa espéra que ses hommes tiendraient leur langue et qu’Afer n’enquêterait pas davantage. Que le Maître-Espion apprenne l'origine de Munatas et tout serait très vite réglé.

    - Justement, intervint Tagwilalt, en récompense pour vos services, l'Aai-Pharaon a jugé bon de vous anoblir afin d'épouser sa parente Tazêllayt, arrière petite-fille de l'illustre Pharaon Améstida "Le Saint", cousin de l'Aai-Pharaon.
    - Oh, je... Eh bien..., balbutia Masinissa. Les mots me manquent, termina-t-il avec un sourire.

    Bien qu'Améstida soit mort il y a plus d'un siècle et qu'il n'avait de saint que le nom.

    Les années qui suivirent furent idylliques pour Masinissa. Alors que l'empire Garamante entrait dans un âge d'or aussi court que prospère, lui-même fut reconnu par la cour comme par le peuple pour ses talents tandis que son anoblissement lui ouvrait les portes des puissants. Il se rappellerait ces années avec nostalgie, lorsque tout s'effondrerait sous ses yeux.
    Dernière modification par Ixarys ; 14/02/2019 à 19h31.

  3. #3
    Bon, et bien j'attends la suite avec impatience.

  4. #4

  5. #5
    Très bon début !
    Je passe un peu moins sur le forum Paradox donc je vais sûrement le suivre ici.
    Citation Envoyé par cooperman Voir le message
    le chpt chinois de maintenant vaut bien la nba de 1990 !!

  6. #6
    Chapitre 1 : La Terre Promise

    Assiout, province de l'Empire Garamante, 4 Juin 616





    Image tirée d’Attila Total War


    - Ouvrez la porte !

    Le soldat l'abattit d'un vigoureux coup de pied. Les deux archers derrière lui, qui visaient l'entrée de la maison, reculèrent instinctivement lorsque l'odeur pestilentielle de l'intérieur les frappèrent de plein fouet.
    Trois autres soldats se ruèrent dans la pièce malgré la puanteur, pour ressentir une dizaine de secondes plus tard.

    - Rien dedans commandant. Juste une femme et trois enfants, morts de la peste.




    Masinissa soupira. La moitié de la ville avait brûlé, l'autre réservait son quota d'horreurs et de mauvaises surprises.
    La conquête de l'Égypte, la "Reconquête de la Terre Promise" comme l'avait clamé l'Aai-Pharaon d'un ton grandiloquent, s'était faite en quelques mois. Après quelques combats spectaculaires et décisifs, comme la bataille des champs de Rmehkama qui avait vu la Garde Pharaonique et les levées personnelles de l'Aai-Pharaon écraser les forces coalisées du royaume d'Égypte et du duché crétois de Libye dans une démonstration de force éclatante début janvier 616, ou la prise d'Alexandrie le mois suivant, ce qu'il restait de l'Égypte était enfin sous contrôle de l'empire. Elle payait le prix son indépendance, obtenue à la suite d'une rébellion une trentaine d'années plus tôt. Les Garamantes, depuis des années, grignotaient continuellement les territoires frontaliers. Cette guerre ne mettait qu'un point final à cette expansion dans une région déjà de longue date sous influence garamante.
    La prise du petit duché indépendant de Thébaïde, lui, fut une toute autre affaire.

    Le duc était un garçon de 10 ans. Son régent, lui, était un fanatique doublé d'un entêtement digne d'un âne. Même après le massacre de l'armée thébaine dans le désert garamante, Assiout, capitale du duché dont l'unique possession était la province éponyme, s'était contenté de se préparer au siège. En espérant sans doute que la peste bubonique, apparu en Italie au début de la guerre et qui faisait rage en Égypte pousserait les assiégeants à quitter les lieux.
    Masinissa conservait en effet un souvenir terrifiant de ces 6 mois de siège, les cadavres de soldats qu'il devait faire brûler jour après jour. Néanmoins, les assiégés s'étaient enfermés avec la peste.
    Après une entrée fracassant de l'armée dans la ville, face à une garnison éparse et maladive, les garamantes avaient pu découvrir l'étendue des dégâts. Tous les animaux avaient été dévorés et les plus désespérés chassaient les rats. Plus le moindre brin d’herbe ni de feuilles aux arbres. L'un des capitaines de Masinissa lui remontait des cas de cannibalisme. La peste en elle-même avait prélevé son dû : des corps noirs et gonflés étaient visibles dans presque chaque bâtisse, quand ils ne pourrissaient pas dans la rue.

    Cette maison était la dernière du quartier. Masinissa décida d'arrêter les frais pour aujourd'hui. Ses hommes l'adoraient pour son caractère et ses participations actives à leurs activités, dussent-elles être conviviales ou dangereuses. Mais depuis son mariage, il avait d'autres préoccupations en tête que ses hommes. Malgré son mariage arrangé, son couple s'était avéré heureux. Il avait désormais une femme qu'il aimait et qui l'aimait et deux jeunes garçons. Sans compter un troisième garçon, un peu plus grand, qu'il surveillait attentivement. C'était aussi simple que cela.
    En retournant au campement, il vit le Nil charrier des corps, certaines victimes de la peste bubonique, d'autres plus récent, qui étaient des fuyards thébains civils et militaires.

    Quelqu'un l'attendait dans sa tente.




    Le prince Igider Azûlay. Le "fils" de l'Aai-Pharaon. Le secret de Polichinelle de la cour impériale. Le père, d’ethnie grecque et la mère remontant ses origines aux peuples de Germanie du nord. Et l’enfant, au corps typé des locaux garamantes.
    On aurait pu s’attendre à ce que la mère soit sévèrement punie. L’Aai-Pharaon avait fait pire : accepter l’enfant, lui donner le même nom que lui et laisser la cour humilier publiquement de la mère. L’Aai-Pharaon cocufié fut au contraire soutenu et admiré pour sa droiture morale… Toute relative. Avec le temps, l’enfant est devenu l’homme de main idéal à l’Aai-Pharaon lorsqu’il fallait envoyer l’un de ses proches dans un endroit dangereux. Un pion sacrifiable. Tout le monde le savait, mais personne n’avait le droit de le dire. Quelconque courtisan y faisant allusion disparaissait dans les jours suivants.
    Igider était intelligent. Il devait se douter de la situation. Pourtant, d’une manière admirable, il l’acceptait et faisait son devoir. D’une façon parfois impitoyable qui n’était pas sans rappeler son père adoptif. Il n’avait pas l’air très enthousiaste de sa mission, dans l’immédiat.

    - Ah, enfin. Je me demandais si vous n’alliez pas revenir les pieds devants, , dit le prince.
    - Hélas, je suis toujours bien vivant, prince Igider, répliqua Masinissa d’un ton cinglant.

    L’expression d’Igider se fit plus attentive.

    - Comment se déroule la prise de la ville ?
    - Quelques dizaines de morts, plusieurs centaines de blessés. Les défenseurs étaient faméliques et la moitié de la ville a brûlé lors de l’assaut. L’autre moitié est infestée de pièges, de cadavres pestiférés et des derniers fanatiques du régent. C’est pour ça que nous passons Assiout au peigne fin. Nous espérons trouver avec eux le régent et l’enfant duc pour officialiser la reddition.
    - Elle se fera sans vous. L’Aai-Pharaon mon père demande votre présence à Alexandrie pour la parade de la victoire.
    - Et vous avez traversé une région en guerre, appauvrie et infectée pour me convier au grand défilé pharaonique ? ironisa Masinissa.

    Igider s’approcha davantage de lui.

    - Vous êtes loin d’être un imbécile, Masinissa, mais vous avez une langue trop bien pendue pour votre bien. Maintenant, écoutez-moi attentivement. Puisque la guerre est finie, le butin va être partagé. L’Égypte est une terre lourde de signification pour notre peuple, l’Aai-Pharaon veut des hommes de confiance sur place. Nous avons pu prendre directement le contrôle d’Alexandrie et de toutes les provinces côtières à l’ouest de Damiette, mais nous n’avons pas pu dans les négociations faire perdre la couronne au roi copte d’Égypte. En tant que vassal, il ne perdra pas de temps à préparer une rébellion, et nous avons besoin de personnes loyales et compétentes pour réagir vite et bien lorsque cela arrivera.

    Masinissa réfléchit à la situation. Il ne rêvait plus que de prendre un petit domaine près de la capitale pour finir sa vie et élever ses enfants paisiblement avec sa femme, et voilà désormais qu’on lui proposait de devenir un noble pour surveiller un roi ! Il vivait une époque bien intéressante.

    - Mon père peut-il compter sur vous ? fit Igider, interrompant sa réflexion.
    - Bien sûr que l’Aai-Pharaon peut compter sur moi. Mais pas comme noble terrien, répondit Masinissa.

    Le prince le regarda, interloqué.

    - Nous sommes vraiment différents, vous et moi, murmura Igider.
    - Oui mon prince, répondit froidement le commandant.
    - On vous offre des terres en Égypte, berceau et origine du monde. Et vous refusez ?

    Masinissa grimaça, clairement déchiré par un dilemme intérieur. Il quitta la tente, suivi d’Igider. Les soldats commençaient à rentrer dans le camp.

    - Je ne veux pas élever mes enfants sur un champ de ruine, fit-il en embrassant la cité dévastée.
    - La ville ne restera pas longtemps dans cet état, riposta le prince.
    - Le ressentiment des habitants rendra la région instable.
    - Ça, dit Igider en posant sa main sur l’épaule de Masinissa, ce sera votre travail.

    Masinissa se retira de l’emprise d’Igider.

    - Il y a le complexe monastique de Durunka ici. Vous savez aussi bien que moi l’importance de ce lieu pour notre foi, continua implacablement le prince.
    - Le monastère est en ruines depuis le début du siège, se défendit Masinissa, esquissant une nouvelle grimace.
    - Il sera reconstruit avec la ville.

    Le commandant ne daigna pas lui répondre.

    - Très bien ! J’abandonne ! lâcha Igider. Vous savez être têtu quand vous vous y mettez !

    Son interlocuteur se contenta de l’observer sans répliquer.

    - Votre femme saura mieux vous convaincre que moi, j’imagine.
    - Vous lui en avez parlé ? gronda Masinissa, les dents serrées.
    - Mieux. Je l’ai ramené, dit Igider avec un sourire diabolique.

    Ce fut au tour de Masinissa d’être ahuri.

    - Vous l’avez…

    Et il explosa de rage.

    - Espèce d’incapable ! Inconscient ! hurla-t-il, faisant fi des soldats étonnés autour de lui. Amenez ma femme dans une région pareille ! Hors de ma vue avant que je vous étripe, espèce de…

    De génie. Igider avait pris avec lui la seule personne, exceptée l’Aai-Pharaon en personne, de lui faire prendre une telle décision.

    - Masinissa ? fit une voix féminine.

    Il se retourna, sachant déjà qui se trouvait derrière lui.




    - Que t’arrives-t-il ? Tu parles au fils de l’Aai-Pharon !

    Ah, quelle ironie, vraiment !

    - Je n’ai pas l’intention d’élever Ziri et Aslal toute seule ! siffla-t-elle.
    - Je repars à Alexandrie. Nous nous reverrons là-bas, intervint Igider, dont l’œil était rieur devant la scène conjugale.

    Masinissa le transperça du regard.

    - Avec plaisir, articula-t-il, la voix dégoulinante de sarcasme.

    La bataille qui s’annonçait allait être plus difficile que le siège venant d’être remporté.

Règles de messages

  • Vous ne pouvez pas créer de nouvelles discussions
  • Vous ne pouvez pas envoyer des réponses
  • Vous ne pouvez pas envoyer des pièces jointes
  • Vous ne pouvez pas modifier vos messages
  •